Lorsqu’une augmentation de la masse grasse est associée à un déficit de masse et de fonction musculaire, on parle d’obésité sarcopénique. Selon une étude de cohorte incluant plus de 100 000 personnes aux Pays Bas (Clinical Nutrition, 2021), sa prévalence augmente avec l’âge. Un consensus issu d’un travail conjoint de la Société européenne pour la nutrition clinique et le métabolisme (Espen) et la Société européenne d’obésité (EASO) propose de caractériser l’obésité sarcopénique en trois étapes : dépistage, diagnostic et recherche des complications propres à l’obésité sarcopénique (un point qui pourrait évoluer vers la recherche de complications, quelle qu’en soit l’étiologie).
Le dépistage de l’obésité repose sur l’IMC et celui de la sarcopénie, sur des questionnaires ou des symptômes cliniques : il existe bien le Sarc-F (en cinq questions autour de la force ou de la marche) mais il est surtout destiné à une population gériatrique, d’où la recommandation de se tourner plutôt d’emblée vers la mesure de la force musculaire au dynamomètre, qui a l’avantage d’être également utile au suivi des patients.
L’outil Grasp (Grip and sarcopenia predication) est accessible gratuitement (1). Très pratique, il permet, pour une valeur donnée de force musculaire, de savoir où se situe son patient par rapport à une population générale. Les valeurs seuils de la sarcopénie sont moins de 16 kg pour les femmes et moins de 27 kg pour les hommes.
Si le dépistage est positif, il faut passer à l’étape diagnostique. Outre la mesure de la force musculaire (faite de préférence dès le dépistage), elle repose sur la mesure de la composition corporelle, mais il n’y a pas de méthode simple et fiable.
Composition corporelle : pas si simple
L’impédancemétrie repose sur le passage d’un courant de faible intensité dans le corps : comme il passe plus facilement dans les tissus non graisseux, il permet d’en déduire la masse maigre et la masse grasse. Cet examen est non invasif, simple et peu coûteux, mais peu fiable dans l’obésité car il est complexe d’obtenir des normes en fonction des dispositifs utilisés.
Quant à l’échographie, elle est très opérateur dépendant. Reste l’absorptiométrie Dexa (dual-energy X-ray), une technique d’imagerie médicale non invasive et de faible irradiation utilisée pour mesurer la densité minérale osseuse et analyser la composition corporelle. C’est la référence mais elle n’est pas toujours accessible… et non remboursée dans cette indication.
Une coupe au scanner (demandée pour un autre motif) laissant apparaître différents tissus, peut être utilisée pour mesurer leurs proportions, mais cela va prendre quinze à vingt minutes manuellement au radiologue.
À Grenoble, le logiciel libre Odisap, pour Optimisation du diagnostic de la sarcopénie (2) permet d’automatiser la mesure de la masse musculaire en imagerie scanner, partir d’algorithmes d’IA.
D’après une présentation de la Dr Cécile Bétry (Grenoble), lors des Journées Francophones de Nutrition 2025
(1) grasp.chu-clermontferrand.fr
(2) odiasp.timc.fr
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