La maigreur se définit par un IMC < 18,5 kg/m2. Cela concerne environ 10 % des 20-30 ans (4,5 % de la population générale).
La diminution des apports alimentaires est volontaire dans l’anorexie mentale (AM). Elle est caractérisée par une restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins en raison d’une distorsion de l’image du corps et de la perception de ce qui est mangé, avec une exclusion fréquente du gras et du sucré. Mais il existe différents types d’anorexies.
Dans le syndrome de déficit énergétique relatif dans le sport (REDs syndrome), le contrôle du poids a d’abord pour but de majorer les performances. Il touche 23 à 79 % des sportives et 10 à 70 % des sportifs. Les sports à risque sont ceux à composante esthétique, les sports d’endurance et ceux fondés sur la catégorie de poids. Les signes d’alerte sont la baisse des performances, des infections plus fréquentes, une tendance au repli sur soi ou au surentraînement, une préoccupation croissante concernant l’alimentation, des fractures de fatigue, et un retard de croissance si cela se passe à l’adolescence. « On peut utiliser le REDs CAT2, un outil d’évaluation clinique qui repose sur un questionnaire évaluant les comportements alimentaires et l’addiction au sport », indique le Pr Éric Bertin (professeur de nutrition à l'Université de Reims), qui intervenait à ce sujet lors des JFN 2025.
Ressemblances trompeuses
L’anorexie psychogène correspond quant à elle à une perte d’énergie psychique et des envies, en raison d’une dépression avec asthénie, faible activité, baisse de l’appétit, mais sans éviction du gras et du sucré et une acceptation aisée de la renutrition.
L’anxiété peut aussi générer des troubles digestifs, parfois sources d’anorexie.
« On peut aussi ne pas avoir de désir de manger si l’on sait que cela va entraîner des troubles digestifs. Ces troubles sont fréquents et représentent un frein à la reprise du poids s’ils ne sont pas pris en considération », souligne le Pr Bertin. Certaines pathologies digestives non diagnostiquées sont responsables d’anorexie, comme la maladie de Crohn. « L’AM est le trouble du comportement alimentaire (TCA) le plus représenté dans cette maladie. Une hypoalbuminémie, parfois très basse, doit faire suspecter ce diagnostic, car on ne la retrouve pas dans l’AM, sauf à avoir un IMC à 11 ou dans les situations infectieuses », suggère Éric Bertin.
Ce qui différencie la maladie de Crohn de l’anorexie mentale
Dans la MC, on ne retrouve pas de trouble du comportement alimentaire (TCA), la prise alimentaire est correcte, il n’y a pas de dénutrition, pas d’anomalies biologiques. De plus, les personnes maigres consultent volontiers, car elles se sentent stigmatisées et veulent reprendre du poids. « Contrairement à l’AM, on retrouve une normalité de certains marqueurs biologiques : la leptine n’est pas effondrée et la T3 libre, corrélée au métabolisme de repos, est normale », précise le Pr Bogdan Galusca (service endocrinologie, CHU Saint-Étienne) lors des JFN 2025. On retrouve aussi une « dé-restriction » alimentaire, comme en atteste le questionnaire DEBQ (en 33 items, il explore l’alimentation émotionnelle, externe et restreinte).
Les personnes atteintes mangent autant qu’une population témoin et il n’y a pas d’éviction du gras. Le rythme alimentaire se caractérise par des prises et des collations plus fréquentes (appétit atypique).
Le carnet de santé est instructif en cas de MC : on retrouve un IMC bas tout au long de la période de croissance.
Enfin, un holter glycémique montre jusqu’à 60 % de baisse de la glycémie dans l’AM, mais pas dans la MC.
Cependant, un patient peut être atteint à la fois de MC et d’une AM. Il peut préexister un fond de maigreur dans l’AM, et il faut aussi rechercher une MC dans l’AM. Il y a plus de risque de MC si une maigreur familiale est retrouvée, en raison de gènes impliqués dans une dépense énergétique plus importante et une résistance à la prise de poids. « La MC doit être différenciée de l’AM, même si elle peut constituer un terrain à risque pour l’installation de celle-ci. Elle induit une résistance à la prise à poids, une résistance anabolique musculaire et une fragilité osseuse, avec une composante génétique incontestable. Il reste à approfondir son statut : la MC est-elle alors physiologique ou l’équivalent d’une sarcopénie chez le jeune ? », interroge le Pr Galusca.
Le syndrome d’Ehlers-Danlos (1/5 000 naissances) se traduit par une triade classique avec une hyperlaxité articulaire, une hyperlaxité cutanée et une fragilité tissulaire. Sa relation avec les TCA n’est pas claire, mais il faut rechercher systématiquement une hyperlaxité chez une personne avec une AM afin de ne pas passer à côté : arriver à retourner son pouce de telle façon qu’il touche l’avant-bras est un argument en faveur de ce syndrome.
Quant au syndrome de la pince aorto-mésentérique (Spam), il se traduit par un rassasiement précoce, un RGO, des éructations, une pesanteur post-prandiale, des douleurs abdominales atypiques. Une maigreur (quelle qu’en soit l’origine) est en cause. Le Spam est évalué par angioscanner abdominal ou IRM. « Le diagnostic repose sur un angle aorto-mésentérique inférieur à 25 degrés. Le Spam induit notamment une stase gastrique, une gastromégalie dans un second temps, un reflux biliaire en raison d’une distension du 1er et 2e duodénum, un gonflement pelvien post-prandial. Le traitement repose sur une renutrition par sonde naso-jéjunale », explique le Pr Bertin.
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