On parle d’insuffisance intestinale lorsque la fonction intestinale est réduite en dessous du minimum nécessaire pour avoir une absorption suffisante des nutriments, eau, électrolytes, d’où la nécessité d’une supplémentation parentérale. Les Anglo-Saxons font la différence avec un stade intermédiaire où la fonction intestinale est réduite, sans nécessiter de nutrition parentérale (NP).
Les principales causes de l’insuffisance intestinale chronique sont le syndrome de grêle court (SGC) après résection chirurgicale étendue (45 à 60 % des étiologies), les fistules, les troubles moteurs de l’intestin, les obstructions mécaniques et, plus rarement, des atteintes de la muqueuse intestinale. « On parle de grêle court quand on a moins de deux mètres de grêle (au lieu de quatre à six mètres) ; la première cause en est l’infarctus mésentérique, rappelle la Pr Francisca Joly (CHU Beaujon, Clichy). Sous réserve d’être suivi en centre expert en NP, la probabilité de survie à un an est de 88 %. Cependant, ce pronostic varie en fonction de l’anatomie intestinale : la dépendance à la NP va être liée à la longueur de grêle restant et au fait d’avoir du côlon en continuité ou pas. »
En cas de jéjunostomie avec un grêle inférieur à un mètre, la NP à vie est nécessaire. Mais lorsqu’il y a une anastomose jéjunocolique, un mécanisme d’adaptation intestinale se met en place. Une prise en charge multidisciplinaire est nécessaire pour soutenir cette phase.
En phase post-adaptative
« Parmi les nouveaux outils dont disposent les gastro-entérologues, les analogues GLP-2 marquent un tournant en phase post-adaptative car ils ont un effet trophique et augmentent la taille des villosités de l’intestin grêle et la profondeur des cryptes coliques, d’où une amélioration de la trophicité intestinale, ce qui a été validé par des études cliniques. Cela se traduit par une réduction à la dépendance (et parfois même le sevrage) à la NP et cela a aussi été montré en vie réelle », indique la Pr Joly. Les patients qui répondent le mieux (avec une réduction d’au moins 20 % de la NP) sont ceux qui avaient une alimentation orale spontanée importante au départ. Et ceux qui peuvent être sevrés ont un côlon présent en continuité au grêle et un faible niveau de dépendance à la NP. Ces éléments permettent donc d’annoncer au patient s’il a une probabilité élevée de réduire ou de se passer de la NP, « mais les facteurs prédictifs devront être mieux déterminés », note la spécialiste.
Une surveillance endoscopique est indispensable car certains patients ont développé des lésions polypoïdes au niveau du grêle, y compris des polypes hyperplasiques. « Il y a besoin d’un suivi au long cours de ces patients, sur les plans digestif, le risque prolifératif, nutritionnel, et il y a besoin de travailler sur une personnalisation de la prise en charge pour trouver le bon traitement au bon moment, pour la bonne durée », résume la spécialiste.
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