Il existe un lien entre régime alimentaire et maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Mici) : des enquêtes épidémiologiques ont montré que les personnes qui consommaient plus d’aliments riches en graisses animales et oméga 6 (viandes rouges), de sucres raffinés, de fast-food et de boissons sucrées étaient plus à risque ; inversement, ceux qui consomment plus de poissons, d’oméga 3, de fruits et de légumes sont moins à risque.
Chez des enfants apparentés au 1er degré d’un patient atteint de Mici, le fait de suivre un régime de type méditerranéen modifie leur microbiote, qui devient moins pro-inflammatoire (The GEM project, Gastroenterology 2022). La consommation d’inuline et de ß-glucane (fibres alimentaires) est associée à une réduction des poussées de maladie de Crohn (United European Gastroenterology Week, 2025, Berlin). Concernant l’alimentation hautement transformée, qui représente 30 % de notre assiette en France, une consommation supplémentaire de 5 % (par rapport à aucun aliment transformé) augmente de 450 % le risque de développer une Mici (Cohorte Pure, BMJ, 2021). Ces chiffres ont été confirmés dans une méta-analyse (Clinical Gastroenteroloy and Hepatology, 2023).
450 %
c’est le surrisque de développer une Mici à chaque augmentation de 5 % de consommation d’aliments ultratransformés
Régime méditerranéen en prévention
La question est donc de savoir si conseiller à ses patients de diminuer leur alimentation ultratransformée s’accompagne d’une baisse des poussées de Mici. Effectivement, on note moins de poussées chez les patients consommant moins de quatre portions d’aliments ultratransformés par jour (Digestive Diseases, 2025).
L’étude Addapt est allée plus loin, avec pour la première fois une comparaison randomisée de régime avec ou sans émulsifiants. Pour mémoire, la diversité des microbiotes change après la prise d’émulsifiants pendant une dizaine de jours (Gastroenterology, 2022). « Dans Addapt, en cours de publication, 154 patients atteints d’une maladie de Crohn en poussées, formés pour repérer les aliments sans émulsifiants, recevaient, pendant huit semaines, 25 % de leur alimentation par livraison, soit contenant zéro émulsifiant, soit contenant des émulsifiants. L’analyse en intention de traiter montre une supériorité du régime pauvre en émulsifiants pour obtenir une rémission clinique à huit semaines, 49 % vs 31 %, ainsi que pour la réduction de la calprotectine fécale d’au moins 50 %. C’est une preuve de concept de l’intérêt de cette stratégie », insiste le Pr Xavier Hébuterne (gastro-entérologue, CHU Nice), qui a présenté ces premiers résultats lors des JFN 2025.
Et, concernant le régime suivi de manière globale, la cohorte française en ligne Mikinautes, portant sur 650 patients atteints d’une Mici en rémission, a montré que ceux qui ont une alimentation riche en fruits, légumes, fruits à coques, céréales complètes et œufs ont 50 % de risque en moins de refaire une rechute dans les deux ans, que ceux qui ont une consommation basse de ces aliments, toutes choses égales par ailleurs (UEGW 2025, Berlin). Les sociétés savantes recommandent donc le régime méditerranéen dans ce cadre.
Pendant les poussées
Lors de poussées sévères de maladie de Crohn chez l’enfant, une nutrition entérale pendant quelques semaines ne l’empêche pas de grandir, et donne de meilleurs résultats que les corticoïdes pour cicatriser la muqueuse (Clinical Nutrition, 2023). Le Crohn’s disease exclusion diet (CDED) a fait l’objet d’une étude prospective randomisée, comparé à une corticothérapie, chez les enfants et les adultes lors de poussées modérées. Pendant une première phase de six semaines, ils recevaient pour moitié des aliments autorisés (surtout limité au riz blanc, à quelques fruits et légumes), avec 50 % de soluté de nutrition entérale ; ensuite, pendant six semaines également, la part d’aliments autorisés atteignait 75 % (avec du thon, de la viande maigre, des patates douces, du pain complet, des légumes secs, du quinoa, des flocons d’avoine, etc., pour tendre vers tous les légumes sauf choux kale, poireaux, céleris, asperges, artichauts, en plus des aliments autorisés en phase 1) et 25 % de soluté de nutrition entérale (Gastroenterology, 2019). Les résultats sont en faveur de ce régime, mieux toléré et permettant une cicatrisation plus rapide.
Mais on pourrait encore simplifier, avec le régime « tasty & healthy » (goûteux et sain), qui interdit tous les aliments transformés et emballés, toutes les graisses animales à l’exception des yaourts nature, tous les aliments frits, le gluten, le sel, le sucre (le miel est autorisé en faible quantité), et l’alcool ; tous les autres aliments étant autorisés. Une publication récente montre qu’un tel régime est mieux toléré et tout aussi efficace que la nutrition entérale exclusive, toujours chez des patients en poussée modérée à sévère (Gastroenterology 2025).
« Ces régimes sont désormais proposés en alternative à la nutrition entérale, mais cela demande un accompagnement du patient, notamment par les diététiciens, tempère le Pr Hébuterne. La nutrition entérale garde toute sa place dans la maladie de Crohn, chez l’enfant et l’adolescent, chez les patients dénutris, en cas de réponse insuffisante aux traitements ou de complication (sténose, abcès) ou en préopératoire — la nutrition parentérale ne devant être proposée que lorsque la nutrition entérale est impossible. En revanche, chez les patients en rémission, les progrès réalisés dans la compréhension des liens entre alimentation, microbiote et Mici permettent assurément de conseiller une alimentation plus saine, moins transformée, de type méditerranéen. »
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