On peut tirer bien des enseignements à partir des différents isotopes retrouvés sur des fossiles (os, dents) et de l’ADN de bactéries piégées dans le tartre des dents. Dans la nature, on trouve plusieurs isotopes du carbone (12C et dans des proportions beaucoup plus faibles, 13C) ; leurs proportions ne sont pas les mêmes selon que l’amidon a été produit à partir de blé ou de maïs par exemple. Il est ainsi possible d’estimer avec quoi a été nourri un ancêtre fossilisé. De même, on peut savoir s’il a consommé des protéines animales ou végétales à partir d’isotopes de l’azote (14N, le plus répandu et 15N, présent en infime quantité) ou encore, faire la différence entre une alimentation riche en poissons ou en animaux terrestres à partir d’isotopes du soufre (32S ou 34S). Quant au carbone 14, radioactif (14C), il peut être utilisé pour déterminer l’âge d’un fossile car il est instable et perd sa radioactivité au cours du temps.
L’étude des isotopes aide à comprendre l’évolution des pratiques alimentaires
Si aujourd’hui, nous consommons environ 50 % d’amidon pour 30 % de graisses et 10 % de fibres solubles et de protéines, c’était différent à l’époque paléolithique (il y a environ 10 000 ans), où l’on consommait plutôt 35 % de protéines, 35 % de fibres solubles végétales et moins de 15 % de graisses et d’amidon, ce qui est plus favorable pour le métabolisme. Le régime qui s’en rapproche aujourd’hui est le régime méditerranéen dont les vertus anti-diabète, anti-obésité et anti-stéatotiques ont été largement démontrées.
Les fibres solubles non digestibles par l’intestin humain sont fermentées, par le microbiote intestinal, pour générer des acides gras à courtes chaînes — butyrate, propionate — et convertis en glucose par la muqueuse intestinale. Lorsque le glucose est produit par l’intestin (néoglucogenèse intestinale), il est détecté par les fibres nerveuses intestinales. L’hypothalamus reçoit alors un signal coupe-faim et le stockage des graisses dans le tissu adipeux diminue. À l’inverse, quand c’est le foie qui produit du glucose, il augmente la glycémie et l’insulinémie, ce qui, à terme, favorise l’insulinorésistance et le stockage des graisses.
Notre alimentation a beaucoup changé en l’espace d’un siècle. De plus, nous ne sommes pas égaux face à la prise de poids (les gènes et l’âge comptent beaucoup). Mais privilégier les aliments bruts, les cuisiner soi-même, coller à une alimentation de type méditerranéen, riche en fibres et en protéines préférentiellement végétales, est une prévention efficace. Enfin, l’observation inattendue d’une association entre l’augmentation de la néoglucogenèse intestinale et de l’activité physique (1) mérite d’être approfondie.
(1) Vily-Petit J et al. La néoglucogenèse intestinale : quand l’intestin produit du glucose pour lutter contre l’obésité et la stéatose hépatique. Médecine/Sciences 2025;41:246-52
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