La stéatose correspond à une infiltration en triglycérides des hépatocytes, supérieure à 5 %. Elle peut être vue par échographie, FibroScan, imagerie, voire biopsie hépatique s’il y en a eu une. Entité redéfinie en 2024, la dysfonction métabolique associée à une stéatose hépatique (Malsd, pour metabolic dysfunction associated steatotic liver disease) est souvent asymptomatique et de découverte fortuite. « Parmi les patients touchés, certains développeront une inflammation, une Mash [pour metabolic dysfunction steatohepatitis] qui touche environ 5-7 % de la population générale. Elle entraîne petit à petit une fibrose : le patient passe alors du stade F0 à F1, F2 (fibrose significative), F3 (fibrose avancée), voire F4 (stade de cirrhose). À chaque étape, peut survenir un carcinome hépatocellulaire », rappelle le Dr Thomas Mouillot (nutritionniste et hépato-gastroentérologue à Dijon), qui intervenait à ce sujet lors des JFN 2025. Contrairement à la définition précédente, la consommation d’alcool, en dessous de 20 g chez les femmes (30 g chez les hommes), n’exclut pas le diagnostic de Malsd, ou de Mash en cas d’inflammation.
FIB-4
Trois sociétés savantes européennes, l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL), l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD), et l’Association européenne pour l’étude de l’obésité (EASO), préconisent de calculer le score FIB-4 de tous les patients avec diabète de type 2 (DT2), chez ceux en situation d’obésité avec au moins un facteur de risque cardiométabolique (IMC > 25 kg/m2, augmentation du tour de taille > 94 cm (80 cm chez la femme), prédiabète ou DT2 traité, augmentation des triglycérides > 1,7 mmol/l et/ou HDL cholestérol ≤ 1 mmol/l, hypertension artérielle), en cas de découverte fortuite de stéatose et/ou en cas d’enzymes hépatiques élevées et persistantes. Le test a une très bonne valeur prédictive négative et ne nécessite, pour son calcul, que l’âge du patient, ses Asat, Alat et nombre de plaquettes, soit des résultats biologiques le plus souvent déjà connus.
Si le score obtenu est inférieur à 1,3, la probabilité de fibrose est très faible et il faut refaire cet examen tous les un à trois ans. S’il est supérieur à 2,67, cela nécessite de référer à l’hépato-gastroentérologue. S’il est intermédiaire, entre 1,3 et 2,67, la prise en charge des comorbidités doit être accrue et un nouveau Fib-4 refait dans l’année. À l’issue de cela, s’il reste supérieur à 1,3, on fait un examen de 2e intention, l’élastométrie par exemple. Si elle est supérieure ou égale à 8 kPa, on réfère à l’hépato-gastroentérologue, car la probabilité d’avoir une fibrose ne peut être écartée. Elle est importante au-delà de 12.
Objectif perte de poids
La clé de voûte de la prise en charge de la Malsd est une perte progressive de poids, avec un objectif de plus de 10 % de perte, en privilégiant un régime méditerranéen, sans alcool, sans soda, sans viandes rouges et aliments ultratransformés.
Dans une étude prospective uni-centrique cubaine menée chez 293 patients avec une Mash, et une biopsie hépatique réalisée avant et après un régime restrictif durant 52 semaines, une baisse de la stéatose d’environ 65 % a pu être notée à partir de 5 % de perte de poids et, à partir de 10 % de perte de poids, une régression de la fibrose dans 81 % des cas et une disparition de la stéatose dans 100 % des cas (Gastroenterology 2015 et Journal Hepatology 2017). Seul bémol : il n’y a que 10 % des patients qui ont effectivement réussi à perdre au moins 10 % de leur poids.
« Le régime méditerranéen s’avère protecteur pour le foie. La reprise d’une activité physique, supérieure à 150 min par semaine, améliore aussi la stéatose hépatique. En revanche, l’alcool, associé aux facteurs de risque cardiométaboliques est un cofacteur de progression majeur », insiste le Dr Mouillot.
Médicaments ou chirurgie ?
Les analogues du GLP-1 sont une option thérapeutique pour traiter le DT2 et favorisent la perte de poids, s’ils sont utilisés à dose anti-obésité. L’alternative est la chirurgie bariatrique, avec une amplitude de perte de poids plus importante, qui améliore aussi d’autres comorbidités. « Elle est proposée en cas d’IMC supérieur à 40 ou d’IMC entre 35 et 40 avec une comorbidité associée. En cas de cirrhose Child A, elle ne peut être proposée qu’après accord de l’hépatologue. En cas de cirrhose métabolique, il faut évaluer l’état nutritionnel et rechercher une dénutrition, souvent associée à une sarcopénie et/ou une fragilité, qui augmente grandement le risque de décès », rappelle le Dr Mouillot.
Le sémaglutide (2,4 mg/semaine) a des effets positifs dans la Mash, mais pas au stade de cirrhose. Un travail du groupe foie et diabète AFEF-SFD (Diabetes Metabolism, 2025) préconise de privilégier un GLP-1 ou double analogue GIP/GLP-1, indépendamment de l’HbA1c, chez les DT2 avec une Mash fibrosante (avec élasticité par Fibro-Scan ≥ 8).
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