La métacohorte Pneumocovid est un bel exemple d’un travail collaboratif de la pneumologie française. « L’ensemble de la communauté pneumologique (Société de pneumologie de langue française [SPLF], Collège de pneumologues des hôpitaux généraux [CPHG], Syndicat national de l’appareil respiratoire [SAR], Fédération française de pneumologie [FFP], Collège des enseignants en pneumologie [CEP]) s’est mobilisé pour évaluer la présence de séquelles respiratoires à six mois des patients ayant présenté une infection à Covid-19, qu’ils aient été hospitalisés ou non », explique la Pr Claire Andrejak (CHU Amiens). Les patients ont été inclus aussi bien par des pneumologues dans les CHU, les CH, que par les pneumologues libéraux. Les données de 2 252 patients ont ainsi pu être analysées : 61 % d’entre eux présentaient des séquelles à cette échéance de six mois. Ces patients étaient plus âgés, présentaient des comorbidités (BPCO, diabète) et avaient eu une infection plus sévère. Ces premières données sont présentées au congrès. « Cette étude, commune à toutes les entités de la pneumologie, est importante, car elle prend en compte les différents modes d’exercice et elle permet d’avoir des patients aux caractéristiques différentes pour une même pathologie », se félicite la présidente de la SPLF.
Deux nouveaux réseaux F-Crin
F-Crin (pour French clinical research infrastructure network) est une plateforme nationale dédiée au développement de la recherche clinique française. Elle est portée par l’Inserm, en association avec les CHU, les industriels en santé et les universités, et soutenue par l’Agence nationale de la recherche et le ministère de la santé. Deux réseaux F-Crin existent déjà dans le domaine respiratoire : Innovte, consacré à la maladie thromboembolique veineuse, piloté par les Prs Françis Coutouraud (CHU Brest) et Laurent Bertoletti (CHU Saint Étienne) et Crisalis, dans l’asthme sévère, coordonné par les Prs Laurent Guilleminault (CHU Toulouse) et Gilles Devouassoux (CHU Lyon). Deux nouveaux réseaux de recherche de ce type viennent d’être labellisés : « Condor s’intéresse à la BPCO non contrôlée ; il est coordonné par le Pr Nicolas Roche (Hôpital Cochin, AP-HP). Myco-NET est dédié aux infections pulmonaires à mycobactéries non tuberculeuses, il est piloté par le Pr Nicolas Veziris (AP-HP Sorbonne-Université), et moi-même », indique la Pr Andrejak.
Les travaux de Condor vont porter sur la prévention et la détection précoce (pré-BPCO, populations à risque), les phénotypes de la BPCO non contrôlée et les interventions innovantes adaptées aux profils individuels.
Quant au réseau Myco-NET, il va permettre de mieux comprendre la physiopathologie des infections pulmonaires à MNT, d’identifier des biomarqueurs pour cibler les patients à risque et décider d’un traitement.
L’incidence de la pathologie restant faible, même si elle est en augmentation, les études cliniques ne sont possibles que dans un réseau structuré, partenaire avec plusieurs associations de patients.
Grandes études épidémiologiques du CPHG
« Ce qui fait la force des hôpitaux non universitaires, c’est leur maillage sur tout le territoire », souligne d’emblée le Dr Hugues Morel, président du CPHG. « Nous pouvons ainsi collecter des données sur un très grand nombre de patients. Actuellement, nos études sont orientées autour de trois grands thèmes : cancer du poumon, asthme et BPCO. »
L’étude épidémiologique observationnelle KBP est la plus ancienne. Elle permet de dresser, tous les dix ans depuis 2000, un état des lieux des nouveaux cas de cancer bronchique diagnostiqués en France avec une description détaillée des patients. Réalisée pour la troisième fois en 2020, KBP a inclus environ 9 000 patients pris en charge dans les centres hospitaliers non universitaires. « KBP est une étude unique au monde, reconnue pour sa qualité et sa rigueur scientifique. Elle est devenue une référence et donne lieu à des publications dans des revues médicales internationales (Lancet, NEJM). Nous aurons les chiffres de survie à 5 ans en fin d’année, et nous avons le projet de lancer prochainement l’étude KBP 2030. »
L’asthme est également un sujet d’étude pour le CPHG. Le projet Fase (France asthme sévère), initié par le Dr Laurent Portel, a inclus plus de 1 500 patients asthmatiques sévères en 2016, issus de 104 hôpitaux, afin de déterminer leurs caractéristiques, les mesures thérapeutiques (biothérapies, etc.), le poids de l’asthme sur la qualité de vie, notamment. Après cette première étude, une seconde (Fase2-CPHG), réalisée entre 2022-2023, a apporté une description actualisée de ces patients.
« Enfin, nous venons de lancer une nouvelle étude observationnelle prospective sur les patients hospitalisés pour exacerbations aiguës de BPCO (EA BPCO- CPHG). La dernière datait de près de 20 ans. L’inclusion a commencé depuis le 1er novembre 2025, pour s’étaler jusqu’au 31 octobre 2026. L’objectif est d’obtenir des données d’épidémiologie actualisées, d’étudier les facteurs prédictifs de survie à trois ans ainsi que la prise en charge des exacerbations en hospitalisation, explique le Dr Morel. Les résultats seront comparés à ceux obtenus en 2006. Toutes nos études sont encadrées par un conseil scientifique qui comprend également des universitaires. Nous souhaitons développer le partage d’expérience entre tous les pneumologues. »
Apnées du sommeil en pneumologie libérale
Les modalités d’exercices en pneumologie libérale sont très variées : cabinet médical, clinique, maison de santé pluriprofessionnelle, fondation à but non lucratif, etc. Ces pneumologues s’investissent ainsi différemment dans les réseaux de recherche en fonction de leur exercice en équipe ou non et de leur disponibilité. Avec l’Observatoire sommeil de la fédération de pneumologie (OSFP), la pneumologie a été pionnière pour la réalisation de registres en vraie vie, qui permettent d’améliorer les pratiques professionnelles et contribuent à une meilleure prise en charge des patients souffrant de pathologies respiratoires du sommeil.
« Actuellement, nous réfléchissons à un parcours de soins pour le traitement du syndrome d’apnées du sommeil par orthèse d’avancée mandibulaire. Nous avons également mis en place une structure associative (Belvedair) afin de faciliter le développement de la télésurveillance des patients insuffisants respiratoires chroniques sous ventilation non invasive (VNI), ou oxygénothérapie, et accompagner les pneumologues dans la mise en place de cet acte de façon concrète, explique le Dr Hervé Pegliasco (Marseille, président de l’Association de perfectionnement post-universitaire des pneumologues [APP]). Un registre permettra de collecter des données cliniques. »
Les pneumologues libéraux peuvent aussi participer à la recherche clinique en collaboration avec l’industrie, en oncologie surtout, mais aussi dans l’asthme, la BPCO, la PID. C’est moins fréquent, mais il y a des équipes dans des grosses structures qui peuvent être des forces de proposition pour des projets de recherche en prévention : détection précoce de la BPCO, par exemple.
Enfin, les pneumologues libéraux vont activement participer au programme pilote Impulsion de dépistage du cancer du poumon avec, au cabinet, le repérage des patients à risque, la prescription du scanner low-dose, la coordination ville hôpital.
« Toutes ces actions, pilotées par le Conseil national professionel [CNP] de pneumologie, le SAR et l’APP sont une source d’information très riche, utile pour la pratique quotidienne, et contribuent à l’amélioration des connaissances. Surtout, elles ont pour objectif de faciliter le parcours de soins et d’améliorer la qualité de la prise en charge des patients », souligne le Dr Hervé Pegliasco.
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