Vives, rascasses, raies, oursins ou méduses, sont les espèces le plus souvent incriminées dans les envenimations par piqûres des animaux marins.
- Les vives sont des poissons côtiers dont le venin reste actif plusieurs heures après la mort du poisson. Près des côtes, la vive s’enfouit dans le sable et ne laisse dépasser que son dos. L’inoculation peut survenir dans l’eau et fait courir le risque de noyade, ou hors de l’eau, lors de manipulations de l’animal. Les piqûres siègent le plus souvent aux pieds et aux mains. Les manifestations cliniques sont quasi immédiates, et la plupart du temps bénignes. Une douleur intense irradie à tout le membre atteint et persiste quelques heures à quelques jours. Elle peut provoquer une syncope ou une réaction de panique. Le venin est thermolabile à 50°, il donc est recommandé d’approcher de la plaie immédiatement de la flamme d’un briquet, ou d’immerger le membre blessé au moins quinze minutes dans l’eau à 40°. La plaie sera ensuite nettoyée, avant d’extraire les éventuels débris d’aiguillon. Des antalgiques doivent être prescrits.
La rascasse vit dans un environnement rocheux ou rocailleux. Sa piqûre est responsable d’un saignement très abondant. Le reste du tableau clinique et le traitement sont assez semblables à celui de la piqûre de vive. La rascasse volante ou poisson scorpion vit dans les mers chaudes du globe. Sa piqûre peut occasionner un tableau toxique gravissime, souvent mortel.
- Les raies vivent sur les fonds sableux de nos côtes. Le venin a des propriétés vasoconstrictrices qui peuvent provoquer des nécroses tissulaires. Lorsqu’un baigneur ou un plongeur pose le pied ou la main sur le corps du poisson, dans un violent mouvement de la queue, l’aiguillon pénètre dans les chairs, peut se rompre et rester dans la blessure. La douleur immédiate est intense, accompagnée d’hypersialorrhée, de nausées, de vomissements, d’une diarrhée, de crampes musculaires et d’une dyspnée, parfois de céphalées, de crises comitiales et de troubles du rythme cardiaque. La plaie doit être parée, débarrassée de tout corps étranger, désinfectée, et la douleur soulagée. L’immersion prolongée dans l’eau chaude à 40-45° est recommandée pour son effet antalgique et hémostatique. Une prévention antitétanique doit être instaurée, et la plaie surveillée attentivement. Une antibioprophylaxie n’est pas justifiée, sauf en cas de plaie très délabrante ou d’immunodépression.
- Les oursins possèdent des épines calcaires recouvertes de venin. En cas de piqûre, la douleur est immédiate et s’accompagne d’une décoloration locale. Le venin est théoriquement thermolabile. L’immersion dans l’eau chaude est donc recommandée par certains auteurs. Le traitement comporte une désinfection locale et la résection à la pince des épines restantes. Les épines s’éliminent spontanément en quelques jours. Celles qui sont proches des articulations doivent être enlevées chirurgicalement. L’évolution est en général bénigne en quelques jours, sous réserve de prévenir une surinfection en couvrant la plaie. Une surinfection par Erysipelotrix rhusiopathiae est possible mais rare. Ce bacille spécifique de l’oursin est sensible à la pénicilline et aux macrolides.
- Les méduses, présentes dans toutes les mers du globe, n’occasionnent qu’exceptionnellement des manifestations graves sur nos côtes. En cas de contact, une lésion urticante est usuelle. La piqûre de méduse, quant à elle, est probablement la plus fréquente des envenimations en milieu marin, partout dans le monde. En cas de piqûre légère, une douleur survient immédiatement, à type de décharge électrique ou de brûlure. Elle augmente pendant 30 à 40 minutes et s’accompagne de paresthésies. Un érythème local apparaît rapidement et reproduit la forme des tentacules. Des bulles peuvent apparaître et laisser place à des cicatrices pigmentées définitives. Dans les régions tempérées, les formes sévères s’accompagnent d’un malaise vagal, ou d’une réaction anaphylactique lors d’accidents successifs.
Il est recommandé d’enlever les tentacules visibles avec la main gantée ou à l’aide d’une pince. La zone atteinte doit être enduite de mousse à raser ou de sable pour « piéger » les nématocystes non encore rompus, puis il faut racler sans frotter avec un carton rigide ou le bord non tranchant d’un scalpel, et enfin rincer ensuite à l’eau de mer ou au vinaigre (l’eau claire risquerait de faire éclater les derniers nématocystes). La douleur peut être calmée par immersion dans l’eau à 40° ou par l’application dune poche de glace, complétée par une application de pommade corticoïde. Les envenimations sévères sont surtout le fait des espèces tropicales.
* Médecine d’Urgence, Hôpital St Roch, Nice
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