La psychiatrie est-elle la nouvelle victime du principe de précaution ? Un psychiatre isérois, le Dr Lekhraj Gujadhur, travaillant en hôpital a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, par le tribunal correctionnel de Grenoble. Un de ses patients, schizophrène, Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, s'était échappé de l'hôpital où il était interné. Atteint de psychose délirante depuis près de quarante ans, déjà auteur d'agressions à l'arme blanche, il était alors autorisé à des sorties non surveillées dans le parc de l'hôpital. Mais il s'est échappé, et s'est rendu à Grenoble en car où il a acheté un couteau dans une quincaillerie. Puis il a tué le premier passant rencontré, Luc Meunier, 26 ans, qui finissait un doctorat en génie mécanique.
Faillite du praticien
Le tribunal a reconnu que le Dr Gujadhur, praticien hospitalier, a failli dans le suivi de ce patient connu pour sa dangerosité. Il n'avait pas pris connaissance de son dossier alors que le patient était déjà interné depuis deux ans. « Un tabou est tombé, celui de l'évaluation de la dangerosité des patients. Et c'est sur les psychiatres que repose cette responsabilité », a indiqué Me Hervé Gerbi, avocat de la famille Meunier. L'avocat du psychiatre en revanche considère cette condamnation « très dure et incompréhensible. Seul mon client est poursuivi qui n'est pas titulaire de la responsabilité du pavillon et pas le médecin (qui suivait le schizophrène) ni le chef de service. » Le centre hospitalier de Saint-Egrève où était pris en charge le malade a été en effet relaxé. Le Dr Lekhraj a fait appel.
Un passage à l'acte meurtrier tous les trois ou quatre ans
En 2012, une psychiatre libérale avait été également condamnée à de la prison avec sursis, mais relaxée ensuite en appel pour cause de prescription des faits. Selon le Dr Norbert Skurnik, vice-président de l'Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique, les conséquences de cette décision sont dramatiques pour la profession. Selon lui, les schizophrènes n'ont pas vocation à être enfermés et ne représentent pas une population criminogène. Il pointe le risque d'inciter les praticiens à ne plus autoriser de sortie. Et dénonce le fait contraire : « Il y a un passage à l'acte meurtrier tous les trois ou quatre ans. Cette population est plus souvent victime de violence. »
Dr Joëlle Belaïsch-Allart : « S’il faut respecter le non-désir d’enfant, le renoncement à la parentalité doit interpeller »
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes