LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN : Comment se porte la recherche clinique académique ?
Pr SIMON : Malgré une tendance française à l’autoflagellation, le pays est un des leaders mondiaux ! Sur certaines pathologies, telles que la cancérologie hématologique, nous sommes parmi les meilleurs au niveau européen. Il faut être fier de ce que l’on fait, car nous sommes très loin d’être mauvais au regard des ressources engagées. Malgré la baisse globale des financements de la recherche, de nombreux programmes hospitaliers de recherche clinique (PHRC) donnent lieu à des publications dans d’excellentes revues. Or une bonne recherche clinique, qu'elle soit à financement public et/ou privé, est un enjeu de santé publique pour la prise en charge des patients. C'est aussi un enjeu d’attractivité médicale, industrielle, de création de valeur économique issue des brevets et nouveaux savoir-faire.
Quels points de blocage avez-vous identifiés ?
Le principal frein est le sous-financement des essais cliniques et du personnel dédié, au sein des équipes participant aux projets de recherche. Ces équipes médicales et paramédicales devraient disposer d’un temps sanctuarisé dévolu aux projets de recherche. C'est la condition pour réaliser des essais de bonne qualité. Un autre frein majeur est que nous n’avons pas, en France, de culture de participation aux essais cliniques : le patient dans un essai se perçoit encore trop souvent - et à tort - comme « un cobaye ». D’autres patients en Hollande, en Scandinavie ou dans les pays anglo-saxons n’ont pas la même perception.
Quelles mesures permettraient d'améliorer la situation ?
Il faut faire de la pédagogie pour modifier l’image de cobaye associé aux essais. Les patients doivent savoir qu'ils sont mieux pris en charge et suivis dans le cadre d’un essai thérapeutique que lors du soin habituel. Lever les peurs inappropriées demande également d’informer le grand public sur la protection dont disposent les patients. Pour un hôpital, participer à un essai est aussi un moyen d’accéder à des produits innovants, d’apporter une rigueur et d’acquérir une culture spécifique. Les pouvoirs publics, mais aussi les industriels et les médias doivent s’atteler à la diffusion de cette information.
Et concernant le financement ?
Il faut bien sûr augmenter les financements de la recherche et de l’innovation, que ce soit au niveau académique ou industriel. C'est un enjeu économique et stratégique pour le pays. Les coûts réels des essais cliniques, trop souvent sous-évalués, doivent également être recalculés. Ce travail est en cours au sein des CHU, à l’instar de ce qui a été mis en place pour les essais industriels, il y a 3 ans. La mise en place d’une politique d’intéressement à la recherche au sein des hôpitaux qui ont une forte activité de recherche, mais aussi d’une meilleure facturation des essais industriels, sont également des pistes pour mieux valoriser et soutenir les équipes. Il faut enfin pousser la structuration et la professionnalisation des équipes médicales et paramédicales et les renforcer avec des professionnels de la recherche.
Les généralistes ont-ils une place à prendre dans la recherche clinique ?
Absolument ! La recherche clinique concerne les généralistes mais aussi les spécialistes en ville. Un certain nombre de pathologies ne sont pas vues à l’hôpital. C’est en ville que l’on recrute les patients pour un essai. C’est un point important. Les hospitaliers sont bien conscients des difficultés de la médecine de ville : ils doivent être aidés, peut-être même davantage qu’à l’hôpital qui, pour les plus actifs, dispose de structures dédiées à l’élaboration et la mise en œuvre de projet de recherche. Ces structures peuvent d’ailleurs jouer un rôle d’accompagnement des professionnels libéraux, notamment dans l’évaluation scientifique des parcours de soins qui impliquent des équipes hospitalières et des professionnels de ville. Les Programmes hospitaliers de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP) sont par ailleurs une formidable avancée. La recherche clinique n’est pas qu’une affaire de médecins. C’est l’affaire de tous les soignants, de tous les patients. Et même de tout un pays.
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