LE QUOTIDIEN : En neurologie, quel est l’apport des radiomarqueurs ?
Pr MARIE SARAZIN : Il faut distinguer la pratique clinique et la recherche. En recherche, l’imagerie moléculaire en tomographie par émission de positons (TEP) permet de mieux comprendre les mécanismes responsables de la maladie, de valider des biomarqueurs sanguins, de caractériser l’hétérogénéité d’une pathologie ou encore d’améliorer le design des essais cliniques. Il s’agit de stratifier les patients afin de guider la décision thérapeutique d'une part et de tester l’efficacité du traitement sur sa cible biologique spécifique d’autre part.
Depuis 2022, la Haute Autorité de santé autorise le recours à la TEP amyloïde dans le diagnostic de la maladie d’Alzheimer pour les présentations atypiques. Chez un patient ayant une forme débutante avec amnésie isolée, les imageries amyloïde et Tau renseignent sur la localisation et l’étendue des agrégats et mettent en évidence que ces deux protéines jouent un rôle différent. Le recours à des radiotraceurs de la neuro-inflammation a montré qu’il existe une réaction inflammatoire cérébrale dès le stade débutant et qu’elle semble jouer un rôle pronostique sur l’évolution.
Les radiomarqueurs sont aussi beaucoup utilisés par nos collègues travaillant sur la maladie de Parkinson ou l’épilepsie. Elles ont en commun d'être caractérisées par une accumulation de protéines anormales – bêta-amyloïde, Tau, prion, alpha-synucléine, TDP 43, etc. Des radio-isotopes ciblant ces agrégats sont donc des outils précieux pour la recherche et le diagnostic.
En pratique courante, la TEP au 18-FDG sert à analyser le métabolisme glucidique cérébral, à la recherche d’anomalies caractéristiques d'une maladie neurodégénérative. Cet examen doit toujours être discuté au regard de la clinique. Il nous permet d’orienter un diagnostic selon le profil topographique du dysfonctionnement cortical.
Quelles sont les recherches en cours ?
Toutes les protéines impliquées dans les maladies neurodégénératives cognitives ont des rôles, des répartitions et des dynamiques différentes que tente de cerner l’imagerie moléculaire. Par exemple, on travaille sur la maladie d’Alzheimer atypique et les tauopathies centrées sur l'aire du langage.
Autre champ de recherche : l’encéphalopathie TDP 43 liée à l’âge à prédominance limbique (ou Late). Cette affection neurodégénérative du sujet âgé par dépôt de protéine TDP 43 mime la maladie d’Alzheimer en clinique mais a des mécanismes sous-jacents spécifiques (1) et les imageries TEP-amyloïde et TEP-tau sont toutes deux négatives. Le développement d’un radiomarqueur ciblant TDP 43 sera essentiel pour distinguer les deux pathologies pour guider les traitements.
« Plus l’inflammation est plus importante lors des stades débutants, plus les patients évoluent lentement »
Quelles avancées sur l’Alzheimer grâce à la TEP ?
Grâce à l’imagerie de la protéine Tau, nous avons constaté que la présence d’agrégats survient très tôt chez ceux qui évoluent vite par rapport à ceux qui évoluent lentement. Nous avons aussi étudié la neuro-inflammation. L’inflammation est plus importante lors des stades débutants et plus elle est importante, plus les patients évoluent lentement. Grâce au radiomarqueur 18FDPA 714, on a aussi vu que l'action immunitaire est stabilisée chez les gens qui évoluent lentement (2). On peut imaginer une application en agissant sur les lymphocytes T régulateurs pour forcer les patients à adopter la trajectoire inflammatoire de ceux qui évoluent lentement. Un essai est d’ailleurs en cours sur 45 patients.
(1) P. Nelson et al., Brain, 2019, vol 142, n° 6, p1503-1527
(2) L. Hamelin et al., Brain, 2018, vol 141, n°6, p 1855-1870
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