Selon la Fondation recherche cardio-vasculaire (FRCV), 15 à 20 % des décès de cause cardiovasculaires enregistrés en France sont liés à l’obésité. Et pour cause, près de 18 % de la population adulte du pays vivrait avec une obésité, connue pour augmenter le risque d’infarctus, d’AVC et d’insuffisance cardiaque via plusieurs mécanismes : augmentation de la pression artérielle, du taux de LDL-cholestérol, de la résistance à l’insuline, de la charge cardiaque, etc.
L’obésité est définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30. Cependant, une étude d’eBioMedicine publiée ce printemps 2026 invite à aller plus loin que ce seul indicateur, et à se pencher sur deux autres caractéristiques cliniques associées à la maladie chronique moins souvent mesurées : le tour de taille (globalement connu pour être associé à un risque cardiovasculaire élevé, à partir de 88 cm chez la femme et de 102 cm chez l’homme), et le pourcentage de masse grasse (1). Avec à la clé une estimation plus précise du risque cardiovasculaire auquel sont réellement exposés les patients.
Les auteurs de cette étude ont entrepris de classer en cinq groupes 489 311 participants de la UK Biobank, sur la base de leur profil d’adiposité (en fonction de leur pourcentage de masse grasse et de leur tour de taille). Les personnes rassemblées dans le groupe 1 avaient les pourcentages de masse grasse et les mesures de tour de taille les plus basses, et les individus du groupe 5 les pourcentages de masse grasse et les tours de taille les plus importants. L’incidence des évènements cardiovasculaires majeurs, mais aussi du diabète et de l’insuffisance rénale, a été estimée dans chacun des groupes.
Pourcentage de masse grasse et tour de taille
Résultats, après plus de 13 ans de suivi, la classification fondée sur le profil d’adiposité proposée par les auteurs a bel et bien permis de stratifier le risque cardiovasculaire, métabolique et rénal auquel étaient exposés les patients. Comparativement aux participants du groupe 1, ceux du groupe 5 présentaient 63 % plus de risque de manifester un infarctus ou un AVC, ou de décéder d’une cause cardiovasculaire. Ils avaient aussi un risque plus que doublé de développer une insuffisance rénale, et un risque multiplié par un facteur supérieur à 9 de développer un diabète de type 2.
De plus, une discordance se dégage entre cette classification et l’IMC. 32,6 % des individus du groupe cinq à haut risque avaient un IMC correspondant seulement à un surpoids, voire normal. De quoi, peut-être, revoir la définition clinique de l’obésité, qui semble considérée comme une maladie chronique de plus en plus complexe.
Des maladies cardiovasculaires différentes en cas d’obésité sévère ?
Certaines voix appellent d’ailleurs à considérer des maladies cardiovasculaires survenant chez les personnes vivant avec une obésité comme des entités nosologiques à part entière. C’est notamment le cas d’une étude de Science publiée fin avril 2026, consacrée à aux caractéristiques singulières de l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (HFpEF) chez les patients vivant avec une obésité sévère (2).
Cette étude, conduite à partir de biopsies cardiaques issues de 80 patients présentant différents degrés d’obésité et une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, relève que certains participants manifestent des caractéristiques cellulaires singulières, qui affectent la fonction cardiaque. « Les patients qui avaient l’obésité la plus sévère n’avaient pas seulement une atteinte de leur fonction diastolique, mais avaient également une atteinte profonde de leur fonction systolique, malgré le fait que leur fraction d’éjection restait normale », explicite une des autrices de l’étude dans un article du Journal of the american medical association (3). Conséquence en termes de prise en charge : « les modulateurs négatifs de la fonction du sarcomère doivent être utilisés avec prudence, voire évités chez les patients souffrant d’obésité sévère et d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, au contraire de la perte de poids ou des thérapies ciblant les anomalies sous-jacentes du sarcomère, qui pourraient s’avérer plus efficaces », conclut l’étude de Science.
(1) Sophie Gunnarsson, Cecilia Karlsson, Rashmi B. Prasad, et al. Adiposity-based obesity classification and cardiometabolic and kidney outcomes: a longitudinal UK Biobank analysis. eBioMedicine. Volume 128, 106272, June 2026
(2) Vivek P. Jani, Marcus Rhodehamel, Axel J. Fenwick, et al. Severe obesity in human HFpEF alters contractile protein function and organization. Science. Vol. 392, No 6802
(3) Abbasi J. HFpEF May Be a Different Disease in Patients With Severe Obesity. JAMA. Published Online: June 5, 2026
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