Le service de médecine nucléaire de Gustave-Roussy, un espace de 200 m2 intégralement rénové en 2021, enregistre une augmentation inédite de son activité thérapeutique : + 60 % en moins de deux ans. Doté de 10 médecins nucléaires et internes, de 18 manipulateurs radio, de 2 radiophysiciens et d’un coordonnateur, il a en outre bénéficié d’une double autorisation de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France et de l’Autorité de sûreté nucléaire et radioprotection pour développer des essais cliniques de phase I, avec des molécules évaluées pour la première fois chez l’humain. En janvier 2025, une première patiente atteinte d’un cancer du sein métastatique a ainsi pu être traitée dans ce cadre.
« Si la médecine nucléaire a été utilisée dès les années 1950, pour les cancers de la thyroïde, ses indications sont aujourd’hui étendues aux cancers de la prostate et aux tumeurs endocrines, souligne la Pr Désirée Deandreis, cheffe du service de médecine nucléaire de Gustave Roussy. La radiothérapie interne vectorisée (RIV) est une véritable révolution thérapeutique. Nous découvrons de plus en plus de molécules qui vont pouvoir véhiculer l’isotope radioactif dans la tumeur tout en épargnant les tissus sains, et l’imagerie nous aide à comprendre le parcours de la radiopharmaceutique thérapeutique, et à vérifier sa distribution dans les zones tumorales. »
Voir et traiter — Traiter et voir
« We treat what we see and we see what we treat ». L’expression, utilisée par la Pr Désirée Deandreis, résume, au-delà des activités de recherche, la globalité de la prise en soins : repérage précoce de la tumeur, cartographie des métastases invisibles au scanner et identification d’un traitement personnalisé grâce à la théranostique. Le terme, contraction de thérapie et de diagnostic, désigne le recours à une même cible moléculaire pour identifier et traiter une tumeur. Comme l’illustre Frédéric Hubert, cadre de santé au sein du service de médecine nucléaire de Gustave Roussy : « c’est un peu comme si vous introduisiez une clé dans une serrure, avec une bombe accrochée à la clé. »
La radiothérapie interne vectorisée s’est beaucoup développée dans les cancers de la prostate, grâce à des radioligands qui ciblent l’antigène membranaire spécifique de la prostate (PSMA).
Le ligand spécifique à la tumeur est ensuite associé à un émetteur radioactif, alpha ou bêta par exemple. « Le PSMA, protéine également exprimée au niveau de la vascularisation tumorale, fera l’objet d’essais cliniques de phase précoce pour les cancers du rein ou autres tumeurs », explique la cheffe de service. « Les émetteurs-alpha présentent un intérêt fabuleux, grâce à leur énergie élevée qui casse l’ADN de la cellule, et leur trajet très court dans les tissus. Le rayonnement est hyperciblé. Par ailleurs, nous pensons qu’ils sont plus efficaces que les émetteurs-bêta. Parmi les émetteurs-alpha, nous utilisons le radium 223 et l’actinium 225 sera testé dans le cadre d’un prochain essai », complète le cadre de santé.
Centre de référence européen
Au cœur de la stratégie qui combine recherche et soins, la radiopharmacie de Gustave-Roussy assure la préparation, le contrôle qualité et la dispensation de tous les médicaments radiopharmaceutiques utilisés en médecine nucléaire, que ce soit dans le cadre d’actes diagnostiques, thérapeutiques ou encore de protocoles de recherche. Laboratoire à atmosphère contrôlée, sas d’habillage, enceintes blindées en plomb, dont deux sont entièrement automatisées, concourent à une sécurité optimale pour le développement et l’administration des molécules. Située dans une zone à atmosphère contrôlée, la radiopharmacie respecte les normes strictes régissant la manipulation de médicaments stériles et radioactifs. Elle comprend un laboratoire de contrôle qualité ainsi qu’un laboratoire de préparation, lui-même équipé de quatre enceintes blindées, dont deux automatisées.
Et l’approche redonne aussi beaucoup d’espoirs aux patients. « Ils sont très ouverts à recevoir ce type de traitements personnalisés. Ils savent qu’ils recevront la bonne molécule à la bonne dose », relève Frédéric Hubert.
Fort de son expertise, l’Institut ne cache pas son ambition de devenir un centre de référence européen. Il poursuit l’exploration de nouvelles cibles dans les cancers digestifs, pancréatiques, pulmonaires et autres. Notons qu’en un an, les traitements RIV ont progressé de 88 % : 470 en 2023, contre 250 injections l’année précédente. Pas moins de 13 essais cliniques sont en cours ou prévus en 2025, contre 9 au cours des cinq années précédentes.
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