Décision Santé. La politique de santé peut-elle être mise au crédit de ces cinq années de gouvernement ?
Nicolas Bouzou. Le bilan du quinquennat n’est franchement pas bon même si j’ai soutenu un certain nombre de mesures prises. Citons le pacte de responsabilité, le CICE, la loi Macron. Dans le strict domaine de la santé, l’ouverture d’un débat sur la couverture vaccinale est une excellente initiative. Il s’agit d’un vrai sujet qui doit être traité. De plus, tant sur le strict plan des idées que sur la stratégie choisie, il est judicieux de supprimer les dernières obligations vaccinales et de les remplacer par des mécanismes d’incitation qui in fine augmenteront la couverture vaccinale. Comme économiste, je pense que les mécanismes d’incitation sont plus performants que les contraintes. En revanche, toute cette idéologie hospitalo-centrée ne me paraît plus adaptée à la situation. Nous avons besoin d’un choc libéral dans le domaine de la santé, non pas dans le sens de la médecine libérale mais dans la perspective du libéralisme économique. Il faut administrer un choc de simplification tant à l’hôpital que dans les cliniques. Les marges des cliniques doivent augmenter rapidement. Enfin on devrait lâcher la bride aux acteurs impliqués dans les maisons de santé, la télémédecine. Une dérèglementation est ici indispensable afin d’en permettre le développement. Cela ne signifie pas la fin de tout contrôle.
D. S. Mais la santé n’est pas un secteur économique comme un autre. Elle est prise en charge par la collectivité alors que les assureurs sélectionnent le risque.
N. B. Il est nécessaire de dissocier l’assurance de la solidarité. Les maladies graves relèvent d’une prise en charge par la solidarité, financée par l’impôt. C’est l’un des principes de notre contrat social paraphé en 1945. En revanche, des pathologies plus bénignes font parties du domaine assuranciel. La traumatologie du ski est un exemple. On peut imaginer dans ce cas des prix libres et des contrats signés avec des complémentaires santé avec la constitution de réseaux de santé. Ce qui devrait fâcher vos lecteurs médecins. Leur réaction négative s’inscrit plutôt dans une espèce de syndrome de Stockholm. Ils préfèrent être sous la coupe de l’assurance-maladie presque ruinée plutôt que de collaborer avec les complémentaires qui disposent encore des moyens financiers. Le raisonnement m’échappe.
D. S. La concurrence s’exerce déjà entre secteur public et privé…
N. B. Certes mais lorsque je parle de libéralisme, cela ne recouvre pas seulement la question de la concurrence. Je défends aussi le concept de la liberté d’expérimenter d’une part et celle de la liberté des prix d’autre part. Prenons l’exemple de la télémédecine. Le dossier est sous la coupe du ministère, puis téléguidé à l’échelle des ARS. Si cela continue, on va devenir le Zimbabwe de la santé avec ce type de mesure. L’innovation ne se développe pas avec ce type de fonctionnement. Les acteurs doivent être libres de développer la télémédecine. En revanche la puissance publique doit opérer les contrôles qualité.
D. S. Dans les dernier mois, Marisol Touraine s’est efforcée de booster l’innovation et les start-ups.
N. B. En tout état de cause, je n’en vois pas les start-up dans les hôpitaux. Or, c’est naturellement leur place. Une start-up irrigue positivement un écosystème lorsqu’elle se greffe sur l’économie traditionnelle. D’où le bénéfice d’une proximité géographique. On parle tous les jours du virage ambulatoire. On devrait affecter les locaux libérés à des jeunes pousses.
D. S. Peut-on parler de rupture entre Marisol Touraine et Xavier Bertrand sur la politique du médicament ?
N. B. Non bien sûr, il y a une continuité en l’absence de front droite-gauche. C’est typiquement français. L’industrie pharmaceutique est mal aimée en France. On peut invoquer des raisons historiques. L’Etat et l’économie se sont construits en opposition. L’industrie pharma est ressentie comme un lobby. L’Etat est vu comme le défenseur de l’intérêt général. L’appréciation mériterait d’être largement nuancée. Cela ne devrait pas changer à court terme. Lorsque l’on construit un budget, réduire le prix des médicaments est le moins coûteux politiquement.
D. S. La santé peut-elle être un enjeu électoral ?
N. B. Elle est souvent peu traitée dans les campagnes électorales. Le dossier fait peur aux politiques Il inquiète les Français. C’est de plus un dossier complexe, difficile sur le plan intellectuel. Sur le sujet des retraites, je peux vous dire d’aller voir les expériences menées dans tel pays. Rien de comparable en santé. Les systèmes sont en voie d’être réformés. Pourquoi ? Parce que l’on s’efforce de conjuguer efficacité économique et équité sous contraintes de ressources publiques importantes avec cerise sur le gâteau l’arrivée d’innovations majeures. Il ne peut y avoir de réponse simple.
*L’Innovation sauvera le monde, Philosophie pour une planète pacifique, durable et prospère. 206 p. Ed Plon, 14,90 euros..
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