Décision Santé. Vous mettez à jour en temps réel une cartographie des fermetures de services…
Arnaud Chiche. 250 services sont concernés. Il existe deux situations différentes. Certains services sont fermés complètement par manque de personnel, dont des urgences qui ferment deux jours puis rouvrent, puis ferment de nouveau. Pour ces exemples, c'est extrêmement difficile d'avoir un état des lieux qui correspond à une réalité. Autres cas de figure, des services d'urgences ferment la nuit, mais sont en fait ouverts, avec obligation pour les patients de passer par le Samu. C'est ce qu'on appelle une ouverture régulée, avec une volonté de réguler en amont, mais aussi le fait de composer avec le manque de personnel.
Qu'est-ce qui a changé par rapport à l'année dernière ?
L'année dernière à la même époque, nous avions déjà une carte de France avec des services fermés. Sur le terrain, on assiste à un manque de médecins dans le pays qui ne fait que s'aggraver. Ensuite, le mouvement opéré de régulation des médecins intérimaires a accéléré les choses. Ces derniers ont considéré comme injuste la baisse brutale de leur rémunération.
Cette réforme de l'intérim médical n'était-elle pas nécessaire pour corriger les abus en la matière ?
Il faut au préalable être capable de les chiffrer. Je suis médecin anesthésiste réanimateur dans les Hauts de France. En deux ans, j'ai entendu une seule fois une nuit proposée au cœur de l'été à plusieurs milliers d'euros. Je me demande s'il n'y a pas eu une surcommunication du ministère de la Santé sur les abus. Certes il y en a eu. Mais à mon avis 90 % des médecins intérimaires étaient payés à un tarif standard, soit 650 euros pour 12 heures ou 1 300 euros net pour 24 heures. Pire l'exécutif s'est lancé dans une telle réforme sans en mesurer les impacts. Stéphanie Rist et le ministère surveillent au fur et à mesure ce qu'il se passe, en essayant de minorer les effets délétères de la réforme. Mais sur le terrain, c'est une autre histoire. Il faut le savoir, certains hôpitaux notamment en Dordogne, tournaient avec 90 % d'intérimaires. Avec cette loi qu'on voudrait très vertueuse, le timing et la temporalité sont quand même très curieux. Quand on est en manque de médecins, il faudrait plutôt prendre soin d'eux. Alors que les généralistes sont déjà très méprisés avec leurs négos avec la Cnam qui échouent et leur 1,50 euro d'augmentation, cette fois on s'attaque aux intérimaires. En même temps, les négociations sont repoussées avec les syndicats de PH parce qu'il n'y a pas d'argent dédié. C'est une certitude, on ne prend pas soin des médecins dans ce pays.
Y a-t-il des promesses d'augmentations pour les PH au cas par cas dans les hôpitaux ?
Certes, dans les textes, quand vous êtes sous contrat avec un hôpital, il est possible d'augmenter les tarifs de vos gardes, mais à la condition que vous remplissiez déjà vos obligations de garde. Bref, c'est "tuez-vous au travail et vous serez très bien payé si vous donnez un coup de main supplémentaire !". Les PH sont pressés comme des citrons. Le gouvernement est très naïf et pense que ces mesures vont passer comme une lettre à la poste. Mais cela passe très mal. Certains médecins réfléchissent à arrêter d'exercer et à changer de métiers. Les décisionnaires comme Stéphanie Rist ou Frédéric Valletoux ne connaissent pas notre travail et ne proposent que des mesures coercitives. Cette ambiance de médecin bashing a des conséquences sur l'accès aux soins des Français. Le dogme de l'exécutif est que les paramédicaux peuvent en faire beaucoup plus. Ces politiques nous expliquent que l'infection urinaire est facile à soigner et qu'il n'y a pas besoin d'être médecin. Il s'agit d'une forme d'ubérisation de la santé. Pire, concentrer tout le monde sur un même service d'urgence n'est manifestement pas la bonne technique. À un moment donné, il faudrait que l'offre de soins soit répartie un peu partout sur le territoire.
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