« Attention, désinformation usurpant mon image ». Ainsi s’offusque le Pr Serge Hercberg sur son profil Linkedin, en alertant sur la circulation de vidéos réalisées avec une intelligence artificielle (IA) reprenant son image, sa voix et son identité.
« Réalisées avec une IA, elles me mettent en scène en blouse blanche (avec mon nom brodé sur la poche), assis dans un bureau “médical” (qui n’a aucune existence réelle) et me font émettre des propos plus ou moins ésotériques sur l’effet de certains aliments, certains nutriments ou certains comportements sur la santé, notamment osseuse et cérébrale des sujets âgés… Des propos que, bien sûr, je n’ai jamais tenus… », déplore le professeur émérite de nutrition (Université Sorbonne Paris-Nord), à l’origine du Nutri-Score.
D’après le Pr Hercberg, l’émetteur est la chaîne Youtube Santé sage, qui prétend donner des conseils pratiques sur la nutrition des plus de 60 ans, et plus largement, leur santé mentale et physique.
Plusieurs médecins déjà pris au piège
« Ce nouveau type de désinformation appliqué aux scientifiques est la porte ouverte d'une nouvelle méthode pour essayer de donner de la crédibilité à des messages contraires à l’intérêt de la population », commente le Pr Hercberg, jugeant le phénomène « très inquiétant ». « Il y a, au-delà de la protection de l’image des scientifiques qui voient leur identité usurpée, un vrai danger en termes de conséquence sur la population. Une réponse juridique doit être apportée à de tels comportements malhonnêtes », demande-t-il, en interpellant la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Celle-ci a annoncé le 12 janvier le lancement d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, inspirée d’un rapport commis par le Pr Mathieu Molimard, pneumologue, pharmacologue et vice-président de la Société française de pharmacologie et thérapeutique, Dominique Costagliola, épidémiologiste, et le Dr Hervé Maisonneuve*, généraliste. Est notamment prévue la création d’un Observatoire pour comprendre le phénomène et d’un dispositif d’Infovigilance pour le contrer.
Le Pr Hercberg n’est pas le premier médecin à être victime de détournement par IA. En mars 2025, le Dr Michel Cymes dénonçait des publicités reprenant son image, dans lesquels son avatar vantait, par exemple, un produit miracle pour maigrir. L’été dernier, c’était la Dr Marine Lorphelin qui s’alarmait de l’utilisation de son identité. « Ne croyez pas aux produits miracles. On vous vend du rêve ! La santé est un bien précieux, ne consommez pas n’importe quoi… », tentait-elle de rectifier sur son compte Instagram. Les Drs Jimmy Mohamed et Jean-Michel Cohen ont eux aussi été victimes de ces escroqueries. « Les gens ont confiance en ces vidéos car ces médecins ont passé du temps à se construire une image de crédibilité, donc on les croit, même quand ils formulent des allégations totalement farfelues », déplorait déjà en septembre 2024 auprès de l'AFP le Dr John Cormack, un généraliste britannique qui collabore avec le British Medical Journal sur ce sujet.
Les recours juridiques restent lettre morte. « Les sociétés derrière ces arnaques sont souvent basées en Europe de l’Est ou en Iran, explique le Dr Jean-Michel Cohen sur France Info. Quand j’ai porté plainte, la gendarmerie ou le commissariat m'ont dit qu’il n’y a pas fraude quand un produit est livré et quand il n’est pas livré, les victimes portent plainte, mais le dossier est jugé trop petit ou trop complexe. Résultat : les escrocs partent en toute impunité. » Quant à leur détection, « c'est le jeu du chat et de la souris », explique à l’AFP Frédéric Jurie, enseignant-chercheur en informatique de l'Université de Caen. « Si quelqu'un trouvait quelque chose pour améliorer la détection, à ce moment-là, celui qui veut fabriquer des fausses images utiliserait ce moyen pour le contourner ». Le chercheur met plutôt en avant « des techniques qui permettent de garantir qu'un contenu n'a pas été altéré, comme pour les messageries, grâce à des logiciels qui produisent des signatures numériques, comme un certificat ».
*Collaborateur régulier du Quotidien du Médecin
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