Selon une étude de 2015 publiée, les sportifs olympiques français vivent 7 ans de plus que la population générale (1). Des résultats similaires ont été observés chez les cyclistes du Tour de France dans une étude parue publiée en 2013 (2). Quant au cycliste centenaire Robert Marchand, on ne compte plus ses exploits. Le sport serait-il le secret de la longévité ? Nombre d'études vont dans ce sens, comme en attestent de récents travaux publiés dans le « British Medical Journal » (3) : des niveaux élevés d'activité physique, quelle que soit l'intensité, et un temps de sédentarité réduit sont associés à un risque significativement diminué de mortalité prématurée, avec un effet dose-réponse non linéaire chez les adultes.
Réduire la sarcopénie
Le vieillissement se manifeste par une perte progressive des capacités physiologiques et de la masse musculaire (sarcopénie). « L'exercice ralentit le vieillissement en limitant ses effets et en maintenant nos capacités », indique Nicolas Forstmann, chargé d'études au sein de l'équipe du Pr Jean-François Toussaint à l'Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES) au sein de l’Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP). En sollicitant les muscles, l'activité physique contrecarre le phénomène de sarcopénie en ralentissant la perte de masse musculaire. « Elle entraîne également une augmentation des capacités aérobies et du débit maximal d'oxygène (VO2 max), qui reflète la capacité de l'organisme à utiliser l'oxygène par les muscles », explique Julien Schipman, chercheur au sein de la même équipe IRMES.
« Une bonne condition physique contribue à prévenir le risque de chute et à préserver l'autonomie des personnes âgées plus longtemps », ajoute Nicolas Forstmann. Avec des répercussions directes en termes de qualité de vie.
Lutter contre l'inactivité
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande des durées minimales d'activité en fonction de l'âge. « Ces recommandations sont un indicateur, mais l'essentiel est surtout de mettre de l'activité dans son quotidien en limitant les temps de sédentarité et d'inactivité », souligne Nicolas Forstmann. Car l'inactivité associée à la sédentarité tue : selon les estimations d'une étude de 2012 parue dans « The Lancet » (4), l'inactivité a été responsable de 9 % des décès prématurés dans le monde en 2008.
L'INSERM rappelle dans son expertise collective 2019 sur les maladies chroniques que l’inactivité physique est l’un des principaux facteurs de risque sur lequel il est possible d'agir pour prévenir ces maladies (avec la consommation de tabac notamment).
Activité accrue de la télomérase
Plus tôt une activité physique régulière sera mise en place dans la vie, plus ses bénéfices seront grands. Néanmoins, « il n'y a pas d'âge pour commencer », insiste Nicolas Forstmann. Une récente étude britannique parue dans « Frontiers in Physiology » (5) confirme qu'il est possible de mettre en place de bonnes habitudes même tardivement. Les personnes âgées n'ayant jamais participé à des programmes d'exercice structuré peuvent tirer bénéfice d'une pratique sportive de la même façon que les anciens athlètes de haut niveau du même âge : leur capacité à produire de la masse musculaire en réponse à l'exercice est identique.
« C'est au niveau cellulaire que s'expliquent les bénéfices apportés par l'exercice, et plus précisément au niveau des extrémités des chromosomes, les télomères », poursuit Julien Schipman. Une étude parue dans « Circulation » en 2009 (6) a mis en évidence une activité accrue de la télomérase au niveau des leucocytes d'athlètes en les comparant à des leucocytes témoins. Il en résulte un moindre raccourcissement des télomères, phénomène clé du vieillissement.
« En somme, la reprise ou le maintien de l’activité physique ajoute des années à la vie et de la vie à ces années », concluent Nicolas Forstmann et Julien Schipman.
Références
(1) J. Antero-Jacquemin et al., Am J Sports Med, doi: 10.1177/0363546515574691, 2015.
(2) E. Marijon et al., European Heart Journal, doi.org/10.1093/eurheartj/eht347, 2013.
(3) U. Ekelund et al., BMJ, doi: https://doi.org/10.1136/bmj.l4570, 2019.
(4) I.-M. Lee et al., Lancet, doi: 10.1016/S0140-6736(12)61031-9, 2012.
(5) J. McKendryet al., Front Physiol,doi.org/10.3389/fphys.2019.01084, 2019.
(6) C. Werner et al., Circulation, doi.org/10.1161/CIRCULATIONAHA.109.861005Circulation, 2009.
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