Le Dr Patrick Gasser, gastroentérologue à Nantes, a été réélu sans surprise ce dimanche à la présidence de l’Union nationale des médecins spécialistes confédérés (les Spé-CSMF, ex-UMESPE) pour un mandat de quatre ans. Il était seul candidat à sa succession. Un nouveau bureau* a été constitué « qui assure une représentation équilibrée entre les spécialités cliniques, médicotechniques et celles des blocs opératoires », revendique le syndicat. Trois femmes entrent au bureau alors qu'il n'y en avait qu'une seule (cooptée) auparavant.
Audace
La puissante branche spé de la Conf', qui avait joué un rôle décisif dans le refus de la CSMF d'adhérer à la convention actuelle, se fixe comme première priorité « la reconnaissance de toutes les spécialités dans les parcours de soins », au moment où le gouvernement entend rebattre les cartes (réforme des modes de rémunération à l'hôpital comme en ville, stratégie nationale de santé fondée sur la prévention, réflexion sur les délégations de tâches, etc.). « La médecine spécialisée doit avoir un rôle de cogestion dans la prise en charge des pathologies chroniques et des patients polypathologiques aux côtés du médecin traitant », résument les Spé-CSMF.
Dans la bataille qui se profile, le Dr Gasser porte un projet politique audacieux construit en 2017 au sein de la CSMF « mais aussi à l’extérieur de la maison confédérale ».
Dans ce contrat, le syndicat plaide pour une coopération intraspécialités (entre libéraux et hospitaliers) sous la forme d'« entreprises de santé à responsabilité territoriale », défend la délégation de tâches pour libérer les spécialistes des actes à « faible expertise médicale ajoutée », assume la protocolisation accrue des prises en charge ou même la création d'un nouveau métier, celui de gestionnaire de parcours.
Et contrairement à nombre de leaders syndicaux, le Dr Gasser mise sur la rémunération à l'épisode de soins pour laquelle il se dit « disponible pour engager la négociation ». Dans son projet, le syndicat réclame une nouvelle hiérarchisation des actes cliniques, ainsi qu'un espace de liberté tarifaire « encadré, mais accessible à tous ».
Tarifs des radiologues, compétences infirmières : grosses épines
Alors que la maison mère (CSMF) devrait reconduire le Dr Jean-Paul Ortiz à sa tête samedi prochain, également seul candidat, la branche spé est-elle disposée cette fois à une adhésion à la convention et à un accompagnement des réformes en cours ?
Ce n'est pas encore gagné. Le syndicat dénonce la poursuite de « la politique du rabot tarifaire » en opposition, selon lui, avec les déclarations d'Agnès Buzyn sur la pertinence des soins et la qualité de l’exercice médical. La question des efforts réclamés à la radiologie libérale (sous forme de baisses de tarifs) est particulièrement problématique avec un plan massif d'économies dans les tuyaux, selon nos informations. « Malheureusement, le gouvernement semble installer, à l’instar de ses prédécesseurs, une même politique tarifaire qui conduira notre pays à l’image de la Grande-Bretagne vers une diminution de la qualité de la santé des Français [...], préviennent les Spé-CSMF. Si cette politique se confirmait, notre participation à la stratégie nationale de santé serait compromise. »
Autre motif de forte inquiétude : un projet de décret sur l'élargissement des compétences infirmières qui aurait été ébauché « sans aucune concertation » avec les médecins libéraux concernés. La lune de miel entre l'exécutif et les spécialistes de la CSMF n'est pas encore pour demain.
* Président : Dr Patrick Gasser ; vice-présidents : Dr Bruno Silberman, radiologue, 1er vice-président de la FNMR et Dr Christian Michel Arnaud, anesthésiste, président du SNARF ; secrétaire général : Dr Bruno Stach, pneumologue, président du SAR ; secrétaires généraux adjoints : Dr Brigitte Virey, pédiatre, présidente du SNPF et Dr Jean-Pierre Binon, président du SNSMCV ; trésorière : Dr Claude Colas, endocrinologue, membre du CA du SEDMEN ; trésoriers adjoints : Dr Thierry Bour, ophtalmologue, président du SNOF et Dr Luc Sulimovic, dermatologue, président du SNDV.
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