Le gouvernement veut-il transférer une partie du diagnostic médical à certains professionnels non-médecins, à la faveur de protocoles de coopération dérogatoires ? La réponse est oui, s'alarme la Conférence nationale des URPS de médecins libéraux (CN URPS-ML).
Cette association regroupant 17 Unions s'alarme contre « la déviance » de plusieurs protocoles de coopérations en cours d'instruction à la Haute Autorité de santé (HAS). Les cinq exemples cités concernent la prise en charge « la douleur lombaire aiguë » et du « traumatisme en torsion de la cheville » par le kiné ; mais aussi la prise en charge par l'infirmier (IDE) ou le pharmacien d'officine de « l'éruption prurigineuse chez l'enfant de 12 mois à 12 ans », de « la pollakiurie/brûlures mictionnelles » et de « l’odynophagie ». Dans ces cas-là, se désole la conférence des URPS, il s'agit de transférer le diagnostic à un professionnel non médecin « qui n'a pas acquis la compétence pour réaliser des diagnostics différentiels ».
Changement de braquet
« Jusqu'à présent, les protocoles dérogatoires acceptés par la HAS sont précis, libellant un accord entre un médecin et une infirmière par exemple et l'acte délégué. Le diagnostic est connu ou suspecté par le médecin avant la délégation. Le professionnel intervient à la demande du médecin. Or, dans les protocoles en question, il n'y a plus rien ! On découvre une délégation du diagnostic à un non-médecin qui n'a pas été formé pour réaliser les diagnostics différentiels. Qui est responsable en cas de problème ? », s'insurge le Dr Marie-Josée Renaudie, coordinatrice de la commission coopérations interpro et délégations de tâches de la CN URPS-ML.
La gynécologue, également secrétaire générale de l'URPS Occitanie, prend l'exemple de la prise en charge de l'odynophagie. « Certes, cela peut être de simples irritations, une rhinopharyngite, mais aussi un saignement de la gorge avec la constitution d'abcès », précise l'élue régionale. Pour la conférence nationale des URPS, un simple retour d'informations vers le médecin traitant n'est pas suffisante. « Le médecin ne peut pas assumer un diagnostic qu'il n'a pas fait et les traitements qu'il n'a pas prescrits. »
Retrait
Vent debout contre ces protocoles « possiblement lourds de conséquences », la conférence réclame leur « retrait immédiat ». Peu probable que cette requête soit entendue par Agnès Buzyn. Face aux députés, dans le cadre de la semaine de contrôle, la ministre de la Santé a affiché sa détermination à favoriser plusieurs délégations de tâches déjà actées dans la loi de santé (dont la nouvelle possibilité accordée aux pharmaciens d'officine de délivrer des médicaments à prescription médicale obligatoire pour des pathologies simples comme l'angine et la cystite).
Selon la ministre, ces protocoles en cours d'instruction à la HAS apporteront des précisions concernant « la formation des pharmaciens, les modalités d'information des patients et celles permettant la transmission des informations entre délégués et délégants ».
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