Durant les deux dernières années, quelque 660 case di comunità, comme on les appelle en italien, ont été inaugurées. Financées à hauteur de 2 milliards d’euros par le Plan national de relance et de résilience (PNRR), elles représentent à peine 38 % du nombre de structures qui devaient être ouvertes selon le projet du ministère de la Santé. Présenté fin 2021, ce dernier promettait d’implanter 1 600 centres dans tout le pays, ouverts tous les jours 24 heures sur 24.
Ces structures ont été conçues pour renforcer la médecine territoriale et désengorger les hôpitaux et notamment les urgences. Elles devaient garantir l’accès à une palette importante de prestations : soins médicaux, suivi infirmier, pédiatrie, accompagnement psychologique et social, prévention, dépistage, télémédecine et vaccinations. L’idée des pôles de santé de proximité remonte aux années Covid, lorsque les autorités ont compris, notamment durant la première phase de la pandémie, que le réseau de santé territorial – rassemblant des médecins, des gardes médicales et des ambulatoires locaux – n’était pas à la hauteur des besoins.
Durant cette période, la plupart des Italiens ont préféré appeler le 118 (numéro d’urgence en Italie), le service d’ambulance ou se rendre directement aux urgences. Résultat : la congestion hospitalière a rapidement provoqué des perturbations et des retards importants dans la prestation des soins et les patients atteints de maladies chroniques n’ont pas toujours pu être pris en charge. Pour combler les lacunes, le ministère de la Santé a proposé de puiser dans les fonds accordés par l’Union européenne dans le cadre du PNRR pour renforcer le réseau ambulatoire via l’ouverture de ces pôles de santé de proximité. L’objectif de cette opération était double : garantir l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire et éviter les congestions hospitalières. Une idée ambitieuse… contrée par la réalité.
Déficit chronique de soignants
C’est du moins le triste constat rédigé par l’Agence nationale pour les services de santé régionaux (Agenas), qui vient d’épingler le ministère de la Santé. Moins de la moitié des pôles ont vu le jour. Et, sur les 660 structures inaugurées durant les deux dernières années, seuls 46 centres sont en mesure de garantir la totalité des prestations médicales et 172 disposent d’un généraliste présent 12 heures par jour, soit la plage horaire actuelle d’ouverture des case di comunità. Enfin, seuls 162 pôles ont une équipe d’infirmiers durant les heures d’ouverture. Par ailleurs, le fossé s’est creusé entre les régions, l’ouverture des pôles de santé ayant été repoussée notamment dans le centre et le sud du pays, mais aussi dans la province autonome de Bolzano (nord-est).
Autre écueil majeur : le projet est lié à la participation des généralistes qui ne sont pas salariés par le système public mais sous contrat. Or, craignant une transformation radicale de leurs conditions de travail, c’est-à-dire une perte au niveau de leur autonomie et une augmentation de leur charge de travail déjà importante, 5 500 généralistes manquent à l’appel à l’échelle nationale. Ces praticiens dénoncent un manque de discussions au niveau syndical en ce qui concerne leur rôle et leurs obligations professionnelles, et évoquent un manque d’incitations sérieuses au niveau financier. Aux réticences des généralistes, s’ajoute la question de la pénurie d’infirmiers, psychologues et assistants sociaux, qui bloque la formation d’équipes pluridisciplinaires capables d’assurer un suivi complet des patients, encore un point essentiel du projet du ministère de la Santé.
Des syndicats vent debout
Pour la Fédération nationale des généralistes (FIMMG), qui dénonce un manque de vision et d’incitations concrètes, l’opération « case di comunità » a les contours insidieux d’un échec. « On a créé le conteneur avant le contenu », résume le Dr Alessandro Dabbene, vice-secrétaire national de la FIMMG. En d’autres termes, les bâtiments existent mais les services ont du mal à suivre le rythme.
Le Syndicat autonome des médecins italiens (Snami) parle pour sa part de grand flou, notamment en ce qui concerne les activités prévues, les modalités de travail des praticiens et le manque de garanties pour les Italiens au niveau des prestations réelles. « Ce modèle relève de la folie, discuter dans le vide de modèles contractuels équivaut à ne pas avoir de véritables objectifs », dénonce le Dr Angelo Testa, président du Snami. Ce syndicat réclame des explications sur la fonction réelle des pôles de santé de proximité, des garanties sur la flexibilité professionnelle des praticiens avec, à la clé, la possibilité de choisir entre plusieurs options contractuelles, notamment au niveau des plages horaires, selon les contextes locaux.
À la déception des Italiens, à qui on avait vendu le mirage d’un tournant décisif dans l’accès aux soins de proximité, s’ajoute celle du secteur hospitalier toujours sous pression, notamment aux urgences. À défaut, les pôles de santé de proximité pourraient représenter un levier essentiel pour refonder la médecine territoriale et rassurer les Italiens en mal de soins. Mais le gouvernement devrait d’abord se lancer dans une politique de recrutement pour endiguer la pénurie de soignants, combler le fossé des inégalités régionales en accélérant l’ouverture des centres dans les zones pénalisées par les retards et passer des accords avec les généralistes pour susciter des vocations.
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