L'avènement de l'informatique pour tous favorise la mise à disposition d'un grand nombre de données d'imageries, biologiques, bibliographiques… Les hôpitaux en regorgent. Ces informations permettent de créer de nombreux algorithmes répondant à des objectifs précis.
Une aide au diagnostic et au pronostic
L'IA peut, aujourd'hui, faciliter l'exercice du rhumatologue. Il s'agit, d'abord, d'une aide précieuse au diagnostic et au pronostic. « En effet, l'ordinateur peut analyser les données d'un patient et en conclure que celui-ci pourrait être atteint d'une ou plusieurs pathologies données, ou qu'il risque à terme de développer telle ou telle maladie », souligne le Dr Alain Saraux, rhumatologue au CHU de Brest. Les technologies de « data diagnostic » ne sont, toutefois, pas encore très déployées. Les algorithmes sont très compliqués. « Ils font intervenir un grand nombre de paramètres, pour lesquels on propose une entrée (par exemple, des informations sur un patient). Le logiciel est alors censé suggérer un diagnostic en fonction de ces données. Le problème, c'est que le traitement de l'information est parfois tellement complexe qu'il devient opaque, voire non explicite pour le médecin. Cette opacité reste, aujourd'hui, un frein à l'utilisation d'outils d'aide au diagnostic fondés sur l'IA », confie Nathan Foulquier, post-doctorant à l'Inserm.
Analyser les données d'imagerie et bibliographiques
L'IA permet également une relecture automatisée de données d'imagerie. « Aujourd'hui, quand j'ouvre mon ordinateur pour regarder une radiographie du rachis vertébral par exemple, je bénéficie également de commentaires : il est par exemple marqué si le patient présente une fracture vertébrale ou non », note le Dr Saraux. Troisième bénéficie de l'IA : l'aide bibliographique. « Face à un patient ayant des symptômes peu communs, nous pouvons recourir à l'IA pour bénéficier d'une recherche bibliographique complète. Cela permet, par exemple, de savoir si des cas similaires ont été décrits dans la littérature », indique le Dr Saraux. En matière d'aide bibliographique, plusieurs logiciels ont récemment vu le jour. « Nous avons créé BIBOT, qui peut notamment sélectionner des articles pertinents pour la conception d’une revue de la littérature sur un sujet précis défini par l’utilisateur. Il permet également de réaliser une analyse descriptive des publications. Ce type de logiciel est très utile pour le médecin dans la mesure où la littérature scientifique ne cesse de s'enrichir. Ce qui complexifie son analyse », assure Nathan Foulquier. BIBOT reste encore un outil expérimental. « Mais nous souhaitons le transformer, à terme, en service pour le médecin. BIBOT a, d’ores et déjà, permis de faire des revues de la littérature sur les traitements de l'arthrose, la médecine du sport, l'activité physique dans les rhumatismes… L'atout de ce logiciel, par rapport à une analyse de la littérature effectuée de façon manuelle, est qu'il va chercher les mots-clés que l'on a pu oublier. Au début, il effectue une première requête avec les mots-clés fournis. Puis, il va rechercher, à l’aide d’une représentation mathématique de l’information contenue dans les articles, ceux dont la thématique est proche de celle initialement demandée. Ensuite, il propose, sur un fichier Excel, une revue de la littérature comprenant les dates et les résumés des publications trouvées », précise le Dr Saraux.
Une recherche en ébullition
D'autres domaines de l'IA sont davantage de l'ordre de la recherche. À terme, les chercheurs espèrent pouvoir faire des découvertes à partir de bases de données médicales : trouver de nouveaux gènes liés à certaines pathologies, de nouvelles voies thérapeutiques… « On peut imaginer qu'un jour le rhumatologue lise une échographie avec l'objectif de procéder à la ponction d'une calcification aidée par l'IA, par exemple. Grâce aux données de l'échographie, l'ordinateur pourrait guider le geste pour que l'aiguille s'oriente directement dans la calcification », affirme le Dr Saraux. Certaines équipes de recherche s'intéressent également à la robotique, notamment en chirurgie. « Des caméras observent les mouvements du chirurgien et lui proposent des corrections, afin qu'il perfectionne son geste », conclut Nathan Foulquier.
D'après un entretien avec le Dr Alain Saraux (CHU de Brest) et Nathan Foulquier (Inserm)
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