Pour le Dr Jean-Marc Ancel, l’avenir de l’ophtalmologie passe par une modification profonde de l’exercice, notamment en libéral. « L’époque où les ophtalmologistes vivaient de la lunette est révolue, explique-t-il. Aujourd’hui, on peut très bien faire vivre une structure libérale sans ne faire majoritairement du renouvellement de lunettes chez des gens qui ne présentent aucune pathologie ». Pour le Dr Ancel, la priorité est de permettre aux ophtalmologistes de « libérer du temps médical » et de se concentrer sur ce qui fait le cœur de leur expertise. « C’est aujourd’hui une obligation pour plusieurs raisons. Il y a d’abord le vieillissement de la population qui entraîne une forte augmentation de la demande de soins, en particulier dans le domaine de la DMLA. Les patients sont de plus en plus nombreux alors que, dans le même temps, il y a de moins en moins d’ophtalmologistes (numerus clausus et départs en retraite). On connaît les problèmes de démographie médicale et les délais d’attente de plusieurs mois dans certaines régions pour avoir un rendez-vous ».
Miser sur la collaboration
Dans ce contexte, les ophtalmologistes doivent miser sur la collaboration avec des auxiliaires de santé pour optimiser au mieux leur temps médical. « Dans une consultation d’ophtalmologie, il y a toujours une partie technique et une partie médicale. La partie technique consiste à faire un certain nombre d’examens (réfraction, mesure de la tension…) qui ne nécessitent pas la compétence d’un médecin. Cela peut très bien être délégué à un orthoptiste ou à un optométriste », indique le Dr Ancel, en précisant qu’il travaille lui-même avec un optométriste salarié. « Il réalise la partie technique du travail ce qui me permet de me concentrer sur la partie médicale. Et grâce à cette collaboration, je vois en moyenne 30 % de patients en plus », ajoute-t-il.
Il existe deux types d’assistants ophtalmologistes : les orthoptistes formés au dépistage et à la rééducation des troubles oculomoteurs et les optométristes, opticiens ayant parfait leur formation par un Master pour approfondir leurs connaissances en réfraction, lentilles de contact et dépistage des pathologies oculaires
Le Dr Ancel est bien conscient que le fait de travailler avec un optométriste est en décalage avec les mots d’ordre des syndicats. « La profession préfère plutôt travailler avec des orthoptistes qui ont une formation bac +3. De leur côté, les optométristes ont une formation Master, bac + 5, mais qui, pour des raisons difficilement compréhensibles, n’est pas reconnue en France. La crainte de la profession est qu’à terme, les optométristes ne finissent par prendre le travail des ophtalmologistes. Mais c’est une crainte qui me paraît infondée dans la mesure où ils n’ont pas le droit de traiter les patients ».
Centralisation des données
Pour s’adapter aux attentes nouvelles des patients et au surplus d’activité, le Dr Ancel estime aussi qu’il faut développer l’informatisation des cabinets notamment par la centralisation des données du patient par un logiciel ad hoc et passer progressivement à la prise de rendez-vous par internet.
Les logiciels de consultation permettent de regrouper toutes les mesures prises par l’assistant sur les différentes machines et les restituer en une seule fois au médecin qui gagne ainsi beaucoup de temps pour établir son diagnostic et proposer son traitement. « Par ailleurs, plusieurs plates-formes proposent déjà la prise de rendez-vous par internet avec un agenda électronique consultable en ligne. C’est un gain de temps pour la secrétaire qui peut faire autre chose et c’est plus pratique pour les patients. Mais il faut trouver un moyen pour mieux sécuriser ces rendez-vous en ligne car il y a davantage de patients qui ne viennent pas. Il faut développer les systèmes de relance notamment par SMS pour mieux les responsabiliser », souligne le Dr Ancel.
D’après un entretien avec le Dr Jean-Marc Ancel, ophtalmologiste à Neuilly-sur-Seine
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