Dans la feuille de route Obésité 2026-2030 présentée le 14 janvier, la Dr Stéphanie Rist, ministre de la Santé a mis en exergue l’hyperphagie boulimique (binge eating disorders, BED). Ce trouble du comportement alimentaire (TCA) sous-diagnostiqué et pas assez connu des professionnels de santé est pourtant très fréquent chez les personnes en surpoids ou en situation d’obésité.
« Les TCA, et en particulier l’hyperphagie boulimique, sont fortement corrélés aux événements traumatiques : violences, agressions sexuelles, incestes… Or, ces traumas et la stigmatisation associée sont, malheureusement, courants chez les personnes en situation d’obésité », affirme la Pr Judith Aron-Wisnewsky, service de nutrition à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, Sorbonne Université et présidente du groupe de concertation et coordination des centres spécialisés de l’obésité (GCC-CSO), chargée du co-pilotage de la feuille de route obésité 2026-2030. L’hyperphagie boulimique y apparaît en bonne place dans chacun des trois axes qui la structurent : orienter les patients dans les parcours de soins le plus tôt possible, structurer les filières à l’échelle territoriale, former les professionnels.
Distincte de la boulimie, l'hyperphagie boulimique bénéficie d’une définition médicale spécifique. Selon le DSM-5, elle se caractérise par la survenue d’épisodes récurrents de crises d’hyperphagie, associant l’ingestion, en un temps limité, d’une quantité de nourriture nettement supérieure à la normale et un sentiment de perte de contrôle pendant l’épisode. Ces crises sont associées à au moins trois des éléments suivants : manger beaucoup plus rapidement que la normale (tachyphagie) ; jusqu’à une sensation de malaise physique ; en l’absence de sensation de faim ; manger seul par gêne et/ou ressentir dégoût, culpabilité ou tristesse après les crises.
Enfin, c’est la notion de récurrence qui permet le diagnostic : les épisodes surviennent au moins une fois par semaine pendant trois mois et entraînent une souffrance psychique marquée. « Mais à la différence de la boulimie, ils ne s’accompagnent pas de comportements compensatoires. C’est pourquoi les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique sont souvent en surpoids ou en situation d’obésité », précise la spécialiste.
Documenter la fréquence des accès
Pour mieux comprendre l’ampleur et ses conséquences, encore faut-il connaître la fréquence de l’hyperphagie boulimique chez les patients en surpoids ou en situation d’obésité. Ce point fait l'objet d'une mesure spécifique au sein de la feuille de route. « L'un des objectifs, c'est d'améliorer la connaissance épidémiologique de l’hyperphagie boulimique en France. Ce travail pourra notamment être effectué à la Direction générale de l'offre des soins (DGOS), par le biais d'une collaboration entre le service dédié à l'obésité et celui, en charge des TCA. Il faudra, par ailleurs, développer un test de repérage plus simple et plus fiable que les outils existants », souligne la Pr Aron-Wisnewsky.
Les prises de poids de l’ordre de 40 ou 50 kg peuvent survenir en quelques mois seulement
Pr Judith Aron-Wisnewsky, nutritionniste présidente des GCC-CSO
La fréquence de l'hyperphagie boulimique reste mal connue alors même que ce TCA est souvent associé à des prises de poids très importantes, « de l’ordre de 40 ou 50 kg, sur des périodes parfois très courtes (en quelques mois seulement). Dans les centres spécialisés obésité (CSO) qui prennent en charge les patients les plus sévères, au moins 40 % des patients présentent une hyperphagie boulimique », assure la professeure de nutrition.
Former les professionnels à une prise en charge structurée
Autre mesure phare de la feuille de route : le développement de la branche hyperphagie boulimique au sein de la filière TCA, en coordination avec la filière obésité et les structures psychiatriques et addictologiques. « Aujourd’hui, lorsqu’un patient en situation d’obésité présente une hyperphagie boulimique sévère, il n’existe pas toujours de prise en charge adaptée dans les centres spécialisés TCA. Or il est urgent de former les équipes : diététiciens, psychologues… », insiste Judith Aron-Wisnewsky.
La feuille de route va plus loin : elle propose de renforcer la formation sur l’obésité et le repérage de l’hyperphagie boulimique de l'ensemble des professionnels de santé et des patients experts. « Les médecins en exercice peuvent, d’ores et déjà, se renseigner sur les formations existantes via le site du GCC-CSO (www.obesitefrance.fr) et la plateforme Banco (www.banco-formation.fr). Nous souhaitons, par ailleurs, introduire dès le troisième cycle, des enseignements consacrés à l’obésité et à l’hyperphagie boulimique, à destination des internes de médecine générale et d’autres spécialités », conclut la Pr Aron-Wisnewsky. Ces futurs médecins seront, en effet, amenés à suivre un grand nombre de patients concernés, l’obésité étant une maladie chronique fréquemment associée à de multiples comorbidités, Sans compter qu’elle constitue un facteur de complexification dans la prise en charge de nombreuses pathologies.
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