Longtemps considérée comme le pays de la vaccination, la France compte désormais parmi les plus sceptiques. La faible couverture vaccinale chez les seniors illustre cette tendance. Alors que certains de nos voisins font mieux, quelles sont les stratégies qui pourraient nous inspirer ?
En Europe, si les recommandations et les âges concernés varient selon les pays, le Royaume-Uni et la Suède font figure de « bons élèves » avec des couvertures vaccinales contre la grippe, le Covid, le virus respiratoire syncytial (VRS) et les pneumocoques qui atteignent de 60 à 75 % des populations ciblées en raison de leur âge, a souligné Jennifer Moïsi, directrice médicale vaccins de Pfizer, lors d’une conférence de presse sur la vaccination des seniors, organisée par le laboratoire.
En France, comme en Espagne ou en Allemagne, les tendances sont bien moins favorables. Dans le pays, la couverture des personnes âgées contre la grippe était de 53,7 % pour la saison 2024-2025. « Nous pouvons largement faire mieux », commente Jennifer Moïsi. Contre le Covid, elle était d’un peu plus de 20 %. Cette vaccination « n’est pas encore entrée dans les habitudes », analyse-t-elle. Quant à la couverture vaccinale contre les pneumocoques, elle ne dépasse pas les 20 %. « La marge de progression est importante » pour entrevoir un « impact sur la santé publique », ajoute-t-elle.
Le tournant H1N1
Pour comprendre la réticence française, il faut remonter au tournant de 2009 et à l’épidémie de H1N1. À partir de cette période, s’est installée une « véritable défiance (…) qui n’existait pas avant », relève Laurent Cordonier, sociologue et spécialiste des mécanismes de désinformation, chercheur associé au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass - Sorbonne université/CNRS). Depuis, les polémiques se sont enchaînées, culminant avec le déploiement de la vaccination contre le Covid. Déjà en 2016, une étude mondiale sur la vaccination révélait que la France avait le taux de défiance le plus élevé au monde sans pour autant « être un pays antivax », insiste le sociologue, le problème portant, selon lui, sur « la perception des vaccins ».
Un autre facteur de la défiance française vient des professionnels de santé, « trop peu vaccinés », poursuit Laurent Cordonier, en particulier contre la grippe. Selon des données de la Haute Autorité de santé, en 2023, la couverture vaccinale des hospitaliers contre la grippe ne dépassait pas 33 % chez les médecins et était inférieure dans les autres catégories de personnel. Sur ce sujet, les Français s’informent pourtant via leur médecin ou leur pharmacien, indique le chercheur. Ce « canal d’informations » est celui dans lequel la population a « le plus confiance », souligne-t-il. Mais en cas de doute du soignant, l’adhésion des patients chute, relève-t-il.
Un dernier facteur est lié au recours à des pratiques de soins non conventionnelles. Alors que la population française compte parmi les plus consommatrices de ce type de soins, « être sensible à ces pratiques est le premier facteur de refus vaccinal », observe Laurent Cordonier. Pour leurs usagers, ces thérapies ne sont d’ailleurs pas perçues comme « complémentaires » de la médecine, mais bien comme des « alternatives », poursuit-il. En consommer plonge « dans un univers mental peu favorable à la vaccination », décrypte le chercheur.
Rémunérer les généralistes selon la couverture vaccinale de leur patientèle ?
Des stratégies déployées chez nos voisins pourraient permettre d’améliorer la situation. Certaines ont été amorcées ces dernières années, comme l’extension des professionnels autorisés à prescrire et vacciner ou encore la vaccination dans les établissements scolaires, qui après avoir été abandonnée en France dans les années 1980 fait son retour dans les collèges depuis 2022 avec la campagne contre les infections à papillomavirus humain (HPV). Cette pratique banalise la vaccination et contribue à la faire « entrer dans les mœurs », juge Jennifer Moïsi. Cela crée « un cercle vertueux », appuie Laurent Cordonier, les données montrant que la vaccination dans l’enfance favorise celle à l’âge adulte.
Une autre piste consiste à miser sur l’implication des entreprises. En Suisse, des vaccinateurs se rendent dans les entreprises, témoigne Laurent Cordonier, réduisant ainsi une « barrière pratique au passage à l’acte vaccinal ». En parallèle, une focalisation de la communication des autorités sanitaires sur les complications associées à une infection se montre efficace. « Plus les gens pensent que la grippe peut être grave et entraîner des complications, plus ils se font vacciner », souligne le sociologue.
Enfin, une pratique britannique place les généralistes au cœur de la stratégie vaccinale. Des rendez-vous annuels ont été créés spécifiquement pour cet enjeu. Au Royaume-Uni, « les généralistes convoquent leurs patients pour la vaccination », rapporte Jennifer Moïsi. Ces médecins de premier recours sont par ailleurs « rémunérés selon la couverture vaccinale de leur patientèle », ajoute-t-elle. De quoi alimenter la réflexion des autorités sanitaires françaises face à ce défi majeur de santé publique.
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