LE RISQUE de décès maternel est-il significativement supérieur pour les femmes de nationalité étrangère en France ? Si tel est le cas, la qualité des soins reçus par les femmes décédées diffère-t-elle selon la nationalité ? C’est à ces deux questions que les auteurs de l’étude cas-témoin présentée dans le BEH ont voulu répondre. Les 267 cas étaient les décès maternels identifiés par l’enquête confidentielle sur les morts maternelles pour 1996-2001. Les 13 186 témoins provenaient de l’enquête nationale périnatale de 1998. « Nos résultats montrent qu’il persiste un surrisque de décès maternel pour les femmes de nationalité étrangère après prise en compte des caractéristiques individuelles. Ce surrisque est important surtout pour certaines nationalités (Afrique subsaharienne, Asie et Amérique) et pour certaines causes (complications de l’hypertension et infections ».
Risque multiplié par deux.
Selon les auteurs, cette mise en évidence d’un surrisque de décès maternel post-partum pour les femmes de nationalité étrangère « est cohérente » avec d’autres études européennes, même si ces dernières sont peu nombreuses et assez anciennes. Concrètement, les auteurs ont trouvé que le risque de mortalité maternelle était multiplié par deux chez les femmes de nationalité étrangère par rapport aux Françaises « après prise en compte des autres facteurs individuels ».
Les causes de décès maternels différaient également « de façon significative » entre les femmes françaises et les autres. Chez les premières, les hémorragies étaient la première cause de mortalité maternelle directe (24 % des décès). Chez les femmes de nationalité étrangère, les complications de l’hypertension gravidique étaient une cause aussi importante que les hémorragies. Par ailleurs, parmi les femmes décédées, les soins prodigués aux femmes de nationalité étrangère « étaient plus souvent considérés non optimaux : 78 % de ces femmes décédées avaient eu des soins non optimaux contre 57 % des femmes françaises, selon le jugement du Comité national d’experts ».
Les auteurs de l’étude notent que les nationalités les plus touchées par ce surrisque de mortalité maternelle « font partie des vagues d’immigration les plus récentes et peuvent représenter des populations plus à risque en termes de difficultés d’accès aux soins ». Des difficultés de communication entre les femmes et les soignants peuvent aussi contribuer à des soins inadéquats. Il n’y a en revanche pas d’excès de risque pour les femmes d’Afrique du nord ou d’Europe, des nationalités correspondant à des migrations plus anciennes. Les auteurs soulignent également que la prévalence de l’hypertension au cours de la grossesse diffère selon les nationalités : en France, les femmes de nationalité d’Afrique subsaharienne présentent plus souvent une hypertension au cours de la grossesse que les femmes françaises. Mais, quelle que soit la prévalence de l’hypertension, une bonne prise en charge pendant la grossesse peut prévenir en partie ses complications. « Or, les femmes d’Afrique subsaharienne et du reste du monde déclarent moins souvent leur grossesse ou la déclarent plus tardivement que les femmes françaises. Il a été montré qu’une situation irrégulière sur le territoire ou une arrivée récente en France sont des facteurs de risque de surveillance insuffisante de la grossesse », constatent les auteurs. Selon eux, ces résultats incitent à accorder « dès maintenant » une attention particulière au dépistage et à la prise en charge prénatale de l’hypertension artérielle chez les femmes d’Afrique subsaharienne.
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