LE THALIDOMIDE, retiré du marché en 1961 en raison de son effet tératogène, est aujourd’hui source d’espoir pour contrôler la croissance des vaisseaux sanguins, facteur clé de l’extension des tumeurs et de la propagation des métastases cancéreuses. Depuis quelques années, des études encadrées ont montré l’efficacité du thalidomide notamment dans le myélome multiple, la lèpre et le lupus disséminé.
Les travaux réalisés par Franck Lebrin et ses collaborateurs (INSERM U833 « Angiogénèse embryonnaire et pathologique ») ont permis d’identifier une nouvelle cible d’action pour le thalidomide : les cellules dites murales qui jouent un rôle capital pour la formation, la stabilisation et la fonction du vaisseau sanguin.
La maladie de Rendu-Osler est une maladie génétique rare sans possibilité de traitement qui se caractérise par un défaut de communication entre les cellules endothéliales et murales au sein des vaisseaux sanguins. Fragilisés, les vaisseaux saignent en réponse à de légers traumatismes entraînent des épistaxis et des saignements digestifs répétés et importants, cause d’anémie sévère.
Le thalidomide a été testé aux Pays-Bas sur 7 patients âgés de 48 à 75 ans atteints de formes sévères de maladie de Rendu Osler. Après des suivis de six mois à cinq ans, l’administration orale quotidienne de 100 mg réduit considérablement la fréquence et la durée des saignements de nez, elle évite le recours à des transfusions sanguines pour corriger l’anémie. Notre étude a permis de détailler plus précisément le fonctionnent du thalidomide, explique Franck Lebrin.
La maturation vasculaire.
Alors que le thalidomide était considéré comme un simple « bloqueur » de la formation des vaisseaux, les résultats des travaux de recherche montrent qu’il stimule, en fait, le recouvrement des vaisseaux sanguins par les cellules murales. Ce processus correspond à la maturation vasculaire.
Sous thalidomide, l’interaction entre les cellules endothéliales et murales apparaît comme favorisée, contrôlant la densité du réseau vasculaire, le diamètre et la perméabilité des vaisseaux sanguins. Le thalidomide, grâce à ses propriétés de stabilisation du réseau vasculaire, réduit les saignements.
Pour Franck Lebrin « ces résultats doivent encore être confirmés par un essai à plus large échelle, mais ils ouvrent des perspectives importantes dans le traitement des malformations vasculaires héréditaires par un ciblage des cellules murales ». Ces nouvelles données suggèrent également que ce médicament pourrait agir sur le développement tumoral en stimulant la maturation du réseau vasculaire, un facteur qui semble favoriser la colonisation des tumeurs par les lymphocytes T tueurs capables de les détruire, le thalidomide étant également connu pour stimuler l’activité de ces lymphocytes T.
* Résultats en ligne http://dx.doi.org/10.1038/nm.2131
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