Désormais médecins traitants et gynécologues peuvent proposer aux femmes d'intégrer le dépistage organisé et délivrer une prise en charge à 100 %. Les radiologues sont incités à proposer systématiquement l’intégration au programme et dans ce cadre du dépistage généralisé l'échographie ne pourra plus faire l'objet d'un dépassement d'honoraires. Enfin, des expérimentations sont prévues pour favoriser l'accès notamment géographique avec des mammobiles. « Mais leurs modalités ne sont pas précisées », regrette Brigitte Séradour. Quant aux mammographies de dépistage hors programme, elles restent prises en charge. Toutefois une cotation spécifique permettra désormais de distinguer ces mammographies de dépistage de celles diagnostiques ou de suivi. « On pourra enfin mesurer l'impact de ce dépistage individuel, se félicite la Dr Séradour. C'est un progrès. Mais ce plan ne tranche toujours pas entre dépistage organisé et individuel. Le médecin n'est pas tenu de motiver une prescription de dépistage individuel comme le préconisait INCa. Il est donc peu probable qu'on augmente beaucoup la participation au dépistage organisé. D'autant qu'avec 50 % de participation nous sommes dans la moyenne européenne, comme nos voisins (Allemagne, Italie…). Les seuls pays à dépasser les 70 % ont un système de santé très différent », rappelle Brigitte Séradour.
Information et consultation dédiée
Ce plan prévoit d'améliorer l'information des femmes avec un livret unique, dédié, et institue une consultation de prévention à 25 ans, puis à 50 ans. « Ce serait la première consultation de prévention à être prise en charge. Son but est d'informer des facteurs de risque, expliquer les trois dépistages - cancers du sein, du col et du colon - et devrait sensibiliser les médecins au dépistage des femmes à très hauts risques, à adresser en oncogénétique. C'est une réelle avancée sous réserve que cette mesure soit budgétée ».
Enfin plus largement ce plan privilégie l'idée qu'il faut humaniser le dépistage organisé et mieux informer. « L'intention est louable mais il faut faire attention : trop d'information peut paradoxalement réduire la participation », nuance la Dr Séradour
Ne pas confondre dépistage individuel et organisé
Le plan prône d'adapter le dépistage au risque. « Cette mesure n'est pas réalisable aujourd'hui vu le manque d'outils validés. Des études sont en cours mais il faudra attendre 8 ou 10 ans pour savoir si on peut adapter les modalités en fonction du niveau de risque. Et ce sera difficile à intégrer au dépistage organisé basé sur une invitation s'adressant à toutes les femmes. Or on sait qu'un dépistage individuel passant uniquement par le médecin traitant est associé à une faible participation ». Pour mémoire on est autour de 30 % pour le colon… Ce n'est donc pas souhaitable pour Brigitte Séradour.
Par ailleurs le plan propose d'expérimenter une seconde lecture hors dépistage organisé. « Je ne vois pas l'intérêt de mettre en place une telle organisation, très lourde, alors que c'est le seul avantage d'intégrer le programme. L'intérêt de cette seconde lecture a en effet été largement démontré. Autant intégrer alors systématiquement le dépistage individuel au programme ! », s'exclame B Séradour.« Il faut d'ailleurs au passage rappeler que l'ensemble des femmes a bénéficié d'une révolution de la qualité des mammographies. L'instauration de contrôles qualités avec le dépistage organisé a en effet permis d'éliminer les appareils trop irradiants ou peu sensibles et de les évaluer régulièrement. Il ne faut pas oublier ces avancées, ni l'impact du dépistage organisé sur la taille des tumeurs au diagnostic ».
D'après un entretien avec la Dr Brigitte Séradour (Marseille)
(1) Plan d'action pour la rénovation du dépistage organisé du cancer du sein. Ministère des Affaires sociales et de la Santé, avril 2017 social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan-actions-renov-cancer-sein-2.pdf
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