Je viens de refermer un livre et je suis encore sous le choc !
À l’heure où s’agitent les débats sur la bioéthique, voici un roman - « Pleurer des rivières », d’Alain Jaspard-, publié aux éditions Héloïse d’Ormesson, qui éclaire ces débats d’une lueur singulière non dénuée d’audace, tant dans le propos que dans l’écriture, résolument crue, directe, cinématographique, l’auteur étant par ailleurs réalisateur et auteur de films de fiction.
Mériem et Séverine sont deux femmes qui vivent dans deux mondes diamétralement opposés : la première habite une « aire de nos amis les gens du voyage » à l’écart d’une ville dans une lointaine banlieue parisienne, donc une Yéniche, tribu proche des Tziganes d'Europe de l'Est ; la seconde, dans la partie branchée du 17e arrondissement de Paris, illustratrice de talent, épouse d’un avocat fiscaliste, brillant habile et respectueux de la loi. Impossible que ces femmes se rencontrent.
Et pourtant…
Le mari de Mériem, Franck, ferrailleur, fait une grosse bêtise, se trouve en garde à vue, défendu par Julien, le mari avocat de Séverine, ce jour-là commis d’office, comme il le fait deux jours par mois, car « il est avocat aussi pour ça ». Habilement défendu, Franck échappe à la prison. Et c’est par ce biais que les deux femmes sont amenées à se rencontrer, à s’apprécier, à devenir amies improbables, arrivent à échafauder un plan machiavélique qui mérite 15 ans de prison… si elles se font prendre. Il s’agit de trafic d’être humain, abominable, n’est-ce pas ?
Sauf que voilà, au fur et à mesure que se déroule le roman – qui au passage est plein d’humour- on se prend d'une immense affection pour ces deux femmes – comme au demeurant pour tous les personnages du roman, les maris, les juges, les médecins, les avocats, les Gitans, les sages-femmes, les journalistes, pas un n’échappe à l’empathie extraordinaire de l’auteur – tant leur amitié est émouvante. Et on a qu’une envie : qu’elles réussissent leur coup et qu’elles ne se fassent pas prendre.
Bien entendu, je ne dévoilerai ici ni l’arnaque ni la fin de ce livre addictif, qui se dévore d’une traite et dont on ressort sonné.
Ce qui est intéressant du point de vue des gens de science, c’est qu’il aborde indirectement la PMA et surtout la GPA rémunérée (sans qu’aucun de ces acronymes ne soit jamais prononcé) sous un angle tellement positif qu'en refermant le livre, on entre favorablement dans le débat.
Enfin, et ce n’est pas rien, une écriture étonnante qui n’hésite devant rien et appelle un chat, un chat.
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