LE QUOTIDIEN – Vous venez d’organiser, en partenariat avec le ministère de la Santé, un colloque sur les « Dynamiques territoriales de santé ». Quel était l’enjeu de cette manifestation ?
MICHEL MERCIER – Les Assises des Territoires Ruraux ont montré que la question de l’accès aux soins était aujourd’hui la première attente de nos concitoyens en termes de services. Si la question de la démographie médicale n’est pas récente dans notre pays, son acuité dans certains territoires doit être mieux prise en compte par les pouvoirs publics. Le lien entre santé et aménagement du territoire est ainsi de plus en plus évident, c’est ce que ce colloque a mis clairement en avant. À cette occasion, avec Roselyne Bachelot, nous avons voulu réfléchir et travailler à la façon dont les territoires peuvent s’organiser face aux problématiques de santé.
Avez-vous identifié les aménagements qui pourraient inciter les médecins à se réapproprier ces territoires ?
Nous devons faire comprendre aux médecins et aux étudiants en médecine que le monde rural a beaucoup changé et rompre avec la vision erronée d’un monde rural en retard. La population des zones rurales augmente de façon significative et la désertification est d’une manière générale, derrière nous. La qualité de la vie et le rapprochement très réel des standards de vie de ceux du monde urbain, sont de véritables atouts.
Il est nécessaire d’inciter les étudiants à faire des stages dans des cabinets ou les maisons de santé installés dans des bourgs ruraux. Les projets de maisons médicales financés par l’État devront comprendre des solutions d’hébergement. Il faut également s’adresser aux jeunes professionnels en accompagnant le développement des maisons de santé qui favorisent des modes de travail en accord avec leurs aspirations.
Le président de la République, Roselyne Bachelot et vous-même avez annoncé l’engagement de l’État dans la mise en œuvre de 250 maisons de santé pluridisciplinaires d’ici à 2012. Pouvez-vous nous préciser le niveau d’engagement de l’État dans cette opération, l’origine des budgets, et les modalités pratiques de l’opération ?
Une circulaire a été adressée aux préfets et aux directeurs généraux des agences régionales de santé fin juillet. Les maisons de santé pourront bénéficier de financements en ingénierie et en investissement. Pour l’investissement, l’intervention de l’État pourra aller jusqu’à 25 % du coût du projet et jusqu’à 35 % dans les territoires prioritaires identifiés par le schéma régional d’organisation des soins ou dans les zones de revitalisation rurale.
L’intervention de l’État sera conditionnée au respect par les projets d’un cahier des charges national, annexé à la circulaire, qui détermine les caractéristiques que doivent remplir les maisons de santé.
Enfin, certaines dépenses de fonctionnement pourront être prises en compte dans le cadre de l’expérimentation des nouveaux modes de rémunération des professionnels.
La télésanté et la télémédecine peuvent également aider des territoires ruraux à retrouver une attractivité. Votre ministère a-t-il des projets en la matière ?
Je suis d’accord avec votre analyse et c’est un axe de travail important de mon ministère.
D’abord, pour que ces services se développent, il est indispensable de couvrir tout le territoire en haut et très haut débit. C’est l’une de mes priorités. Le chef de l’État et le Premier ministre ont accepté ma proposition de déployer la fibre optique sur tout le territoire, simultanément dans les zones rurales et urbaines. L’État va soutenir les opérateurs et les collectivités avec un objectif très ambitieux, le très haut débit pour tous d’ici 15 ans. J’ai obtenu que l’Emprunt national soit mobilisé et le programme est lancé.
S’agissant des services de télésanté, j’ai également souhaité que le grand emprunt soit mobilisé pour financer des projets pilote de plateformes mutualisées offrant des services de télémédecine aux médecins, aux patients et aux établissements. Il y a de multiples enjeux : faciliter les échanges entre médecins et établissements, meilleure prise en charge des maladies chroniques et des sorties d’hospitalisation, limitation des déplacements, meilleure réactivité de la communauté des aidants.
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