Maisons et pôles de santé pluridisciplinaires

Les coordonnateurs, chevilles ouvrières de l'exercice en équipe 

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Publié le 24/03/2023
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Les rencontres annuelles d’AvecSanté (avenir des équipes coordonnées) qui se sont tenues à Saint-Malo, la semaine dernière, ont illustré le dynamisme du mouvement des maisons et des pôles de santé pluridisciplinaires. Pour que ce modèle ambitieux ne s’essouffle pas, la fédération a réfléchi à la valorisation des coordonnateurs.
Accompagner les projets pluripro, une mission clé

Accompagner les projets pluripro, une mission clé
Crédit photo : Garo/Phanie

C’est un rôle de l’ombre, souvent ingrat mais indispensable au développement des maisons et pôles de santé surtout quand ces structures abritent plusieurs dizaines de professionnels de santé, ce qui est loin d’être l’exception aujourd’hui. 

La coordination, qu’elle soit exercée par un médecin ou plus souvent par une infirmière libérale, est une mission que la fédération AvecSanté veut mieux reconnaître et valoriser. « Il s'agit un poste central qui doit animer notre dynamique, a plaidé le Dr Pacal Gendry, président de la fédération, en conclusion des rencontres de Saint-Malo la semaine dernière. Le métier de coordonnateur est trop souvent mis ni à la bonne place dans les équipes ni à la bonne dimension. Il va falloir le faire évoluer ».

Elodie Gazeau, infirmière libérale, est l’une de ces chevilles ouvrières. Coordonnatrice de la MSP multisite Atlas au sud d’Angers, elle assume cette fonction à raison d’une dizaine d’heures par semaine – à hauteur de 50 euros brut de l’heure – en parallèle de son activité de soins. Signe que tout ne va pas de soi, elle a dû « se battre » pour obtenir un bureau de 9 m2 dans la maison de santé et ne plus travailler et empiler ses dossiers dans la buanderie de sa maison. « Je ne gère aucun budget mais j’accompagne l’émergence de projets et la constitution des groupes de travail », a-t-elle résumé. Ni leader de la structure, ni secrétaire, la coordination est un métier qui se cherche encore. Seuls 56 % sont salariés, 42 % travaillent moins de 10 heures par semaine et 15 % plus de trente heures. Dans un cas sur deux, ces personnels n'ont pas de diplôme spécifique de coordination.  

Intégration incertaine

« Dans la grande majorité des situations, l’intégration des coordonnateurs dans les équipes est incertaine et les conditions de travail sont précaires mais leur satisfaction de travail est grande », analyse le sociologue François-Xavier Schweyer qui travaille avec la fédération. Attention aussi à ne pas se tromper d'objectifs, met en garde le chercheur : dans les territoires en tension démographique, la coordination peut sembler très utile pour faire gagner du temps médical aux praticiens mais le risque c’est de « faire passer à la trappe son intérêt pour le travail en pluripro ». 

C’est pourquoi la fédération AvecSanté a créé une commission consacrée aux coordonnateurs. « Elle a produit en février 2022 un guide qui répond à un besoin de clarification pour les équipes, invitées à faire la part belle à cette fonction », a précisé le Dr Patrick Vuattoux, généraliste à Besançon et vice-président d’AvecSanté. Le document vise à aider à écrire les fiches de postes de coordonnateur et à le financer via le fonds régional d’intervention (FIR) ou l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI).

Véronique Hunsinger

Source : Le Quotidien du médecin