Cinq arrêtés validant cinq protocoles de coopération attendus avec plus ou moins de joie par le corps médical ont été publiés au « Journal officiel » ce dimanche 8 mars. Entorses de la cheville et lombalgies aiguës (inférieure à 4 semaines) aux kinés, rhinites (rhino-conjonctivite allergique saisonnière), cystites (pollakiurie et brûlure mictionnelle) et angines (odynophagies) aux infirmiers (IDE) pharmaciens d'officine… Prévues dans la loi de santé, ces délégations de tâches ont pour objectif de libérer du temps médical et de faciliter l'accès à certains soins pour les patients.
Vous avez mal à la gorge et pensez avoir une angine. Vous pensez avoir une cystite. Vous avez besoin de renouveler votre traitement contre le rhume des foins. À partir d’aujourd’hui, pour tout cela, vous pouvez aller voir votre pharmacien ou votre infirmier ! #MaSanté2022 pic.twitter.com/Q8VGFKR4dj
— Thomas MESNIER (@MESNIERThomas) March 9, 2020
Ces délégations de tâches sont à effectuer au sein de structures pluriprofessionnelles (maison de santé, centre de santé) par une équipe volontaire dont chaque membre est déclaré à l'agence régionale de santé. Le texte réglementaire propose un modèle type de protocole comprenant une fiche projet et un tableau décrivant le processus de prise en charge du patient.
La fiche de projet énumère plusieurs items avec des éléments de réponse : intitulé du projet, professions du délégant et du délégué, objectifs recherchés par cette coopération, actes dérogatoires, lieu de mise en œuvre, types de patients concernés avec des critères d'inclusion et d'exclusion, information des patients, formation des professionnels délégués, suivi du protocole, traçabilité et archivage… Les étapes de prise en charge sont ensuite listées dans un tableau accompagné d'un formulaire synthétique de saisi et de prescription inclus dans le dossier du patient. Pour chaque protocole, l'intervention du délégant est détaillé (joignable par téléphone ou par téléconsultation, intervention dans les 24 heures, désignation d'un confrère en cas d'absence…), y compris le partage du logiciel d'informations entre le délégant et le délégué.
Dans le cadre de la cystite, seules les femmes âgées entre 16 et 65 ans sont concernées par le protocole, qui comprend plusieurs actes dérogatoires aux infirmiers et pharmaciens: examen clinique, réalisation et interprétation d'une bandelette urinaire, choix et prescription de l'antibiotique. La consultation a lieu dans le cabinet infirmier ou dans un « espace de confidentialité » de l'officine. Les professionnels délégués devront suivre une formation de quatre heures pour s'approprier des savoirs et des recommandations avant la mise en place du protocole. Cette formation regroupera des médecins délégants et des professionnels délégués afin de s'assurer d'une harmonisation des pratiques.
Autre exemple : la prise en charge par les kinés des douleurs lombaires aiguës des patients entre 20 et 55 ans. Dans ce cas, le kiné formé peut être consulté directement par les patients et pratiquer plusieurs actes dérogatoires dont la prescription d'arrêt de travail initial de 0 à 5 jours « selon l'âge, la condition physique, le temps et le mode de transport et le poste de travail ». Il peut aussi prescrire des antalgiques.
Les syndicats divisés
Interrogé par « le Quotidien », MG France déplore la publication de ces protocoles qui ne sont pas assez rigoureux. « Nous avons fait des remarques qui n'ont pas été prises en compte. À aucun moment, il est prévu un accord express des différents professionnels concernés. Par exemple, un protocole signé par une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) vaut pour tous les professionnels membres de la structure pluriprofessionnelle. Ce n'est pas acceptable », explique le Dr Jacques Battistoni, président du syndicat des généralistes. De façon plus spécifique, le patron de MG France tire à boulets rouges sur le protocole concernant la prise en charge des lombalgies aiguës. « Ce protocole n'a pas lieu d'être. Les patients doivent d'abord aller voir leur médecin généraliste traitant », grogne le généraliste normand.
La FMF est aussi très remontée. « Certes, ces protocoles sont extrêmement détaillés et comportent des critères d’inclusion et d’exclusion précis. Mais qui ira vérifier qu’ils sont bien respectés ? » indique le Dr Richard Talbot. Le médecin évoque aussi la question d'un risque de conflit d’intérêts majeur « pour le pharmacien qui prescrit les médicaments qu’il délivre ou le kinésithérapeute des séances de rééducation qu’il effectue » et de la responsabilité médicale. « À qui incombera-t-elle dans ce cadre de délégation d’un médecin vers un infirmier, un kinésithérapeute ou un pharmacien ? », écrit-il.
Le ton est plus rassurant du côté de la branche Généralistes de la CSMF. Pour le Dr Luc Duquesnel, président du syndicat, « ces protocoles sont des outils à utiliser par les équipes dans le cadre de l'exercice coordonné ». « C'est à chaque équipe, médecin, infirmier, pharmacien, kiné, de se réunir et d'élaborer le protocole en fonction des besoins identifiés. Rien ne se fera sans le généraliste », affirme le médecin de Mayenne.
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur