Voici la preuve que le travail d’équipe fonctionne ! Sous l’impulsion conjointe du conseil de l’Ordre départemental du Jura, de l’ARS, du conseil départemental et de la mairie, le petit millier d’habitants de Val Suran, village situé à 35 km de Bourg-en-Bresse, ont depuis mercredi 2 avril de nouveau un accès direct à un généraliste. Quatre médecins de famille ont en effet accepté de rejoindre l’aventure du cabinet éphémère en se relayant dans cette zone de la petite montagne jurassienne, estampillée désert médical. Deux de ces aventuriers sont des retraités de plus de 60 ans et y exercent comme médecins salariés. Leurs deux homologues féminins, de plus de vingt ans leurs cadettes, ont choisi de conserver leur statut libéral. Au sein de ce cabinet éphémère, chaque professionnel indique ses disponibilités au département. À charge pour ce dernier d’assurer le secrétariat en proposant les créneaux disponibles, via la plateforme Doctolib. À ce jour, le cabinet sera ouvert quatre jours par semaine en attendant de nouvelles recrues.
Convaincu de rempiler à 67 ans
Ce qui a convaincu les généralistes volontaires d’acquiescer à la demande du Dr Jean-François Louvrier, président du CDOM du Jura et l’une des chevilles ouvrières du dispositif ?
« Je suis désespéré de voir l’état du système de santé actuel, la médecine générale libérale mais aussi l’hôpital », confie le Dr Pierre-Henri Mailhes, généraliste retraité de 67 ans, anciennement installé à Dole, où il habite, à 100 km de là. Mais c’est surtout les personnes âgées qui ont convaincu le médecin de rempiler. « Voir des gens avec leur dossier médical sous le bras et qui cherchent désespérément un médecin… », se désole-t-il. Ce dernier a donc accepté, un jour par semaine, le vendredi, de faire trois heures de voiture au bénéfice des habitants de Val Suran.
« L’un des attraits de ce choix, pour l’avoir expérimenté, c’est que cela redonne du sens au métier et un certain rapport aux patients », poursuit le Dr Louvrier, qui a lui aussi prêté main forte dans un précédent cabinet éphémère du département.
Ouvrir d’autres cabinets éphémères
Aujourd’hui, les deux médecins retraités qui évoluent au cabinet éphémère de Val Juan, les Drs Jean Rota-Graziosi et Pierre-Henri Mailhes, perçoivent « 63 euros brut de l’heure. Leur défraiement kilométrique est pris en charge par l’ARS et la mairie s’occupe des locaux », détaille le Dr Louvrier. Quant aux honoraires de leurs consœurs, facturés à l’acte, ils sont reversés au cabinet qui « est la structure juridique porteuse du projet ». Et si d’aventure, le nombre d’actes n’était pas suffisant pour équilibrer les comptes, « l’ARS a accepté de payer le delta », confirme le président du CDOM jurassien.
Ce dernier se verrait d’ailleurs bien développer la formule à grande échelle dans tous les déserts médicaux. Cela voudrait dire proposer à tout nouveau médecin venant s’installer dans un département, via un collège entre l’ARS, l’URPS, l’Ordre et le département, « d’exercer une, deux, ou trois semaines par an, dans un de ses secteurs défavorisés au sein d’un cabinet éphémère ». Le temps que, ouverture du numerus clausus oblige, l’arrivée de nouvelles générations de généralistes porte ses fruits et que les cabinets éphémères n’aient plus lieu d’être.
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