« Si je vous écris ce jour, c'est parce que vous avez tenu chacun à votre tour des propos méprisants, teintés de condescendance à l'égard de l'ensemble des médecins libéraux de France », écrit le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-S, dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux, adressée au député communiste de l’Allier Yannick Monnet et à deux membres de France Assos Santé (son président Gérard Raymond et Catherine Simonin).
Dans le contexte de la grève des médecins libéraux depuis le 5 janvier, le député Monnet avait conseillé aux médecins d’« un peu penser au patient » dans L’Yonne Républicaine, le 10 janvier ; Gérard Raymond de son côté avait fustigé un « mouvement complètement décalé » des praticiens libéraux à qui « on ne demande pas grand-chose », chez nos confrères d’Egora le 7 janvier ; quant à Catherine Simonin, elle avait qualifié la mobilisation « irresponsable » le 10 janvier sur France Info TV.
« Engagement de vie, sans compter les heures »
Autant de raisons pour que le généraliste de Fronton (Haute-Garonne) sorte sa plume acérée. En soulignant d’abord le caractère unitaire et historique de cette colère, loin du simple mouvement d’humeur. « Donc 100 % des représentants d’une profession - des étudiants en médecine aux internes, des internes aux médecins seniors, des médecins seniors aux retraités actifs, des médecins de ville aux médecins exerçant en établissements de soins privés - décident de se lancer dans un mouvement historique d’arrêt d’activité. Mais vous, du haut de votre suffisance, vous déclarez cela nul et non avenu », attaque le généraliste.
Puis en rappelant l’engagement constant de la profession au service de la population, loin de l’irresponsabilité sous-entendue. « Nous prenons en soin plus de 90 % des patients de France, c’est notre engagement de vie. Nous les soignons le jour, la nuit, souvent sans compter nos heures, parfois au-delà du raisonnable et le soin vient parfois impacter notre propre santé », développe-t-il.
« Monsieur Gérard Raymond, vous affirmez qu’on ne demande pas grand-chose aux médecins libéraux, s’agace encore le Dr Marty à l’adresse du président de France Assos Santé. Ainsi donc pour vous, installer une médecine de quota au travers des MSO obligatoires [qui figure dans le projet de loi sur les fraudes], c’est pour vous ce “pas grand-chose” ? Vous ne représentez pas les patients, Monsieur Gérard Raymond. »
Le généraliste ajoute que les mesures discutées dans le cadre du budget de la Sécurité sociale 2026 – comme la possibilité de baisse « discrétionnaire » de certains tarifs « sur des critères purement comptables » – entraîneraient « des rééquilibrages économiques ou démographiques au détriment des patients ». Il en est de même pour le déremboursement complet des prescriptions des médecins non conventionnés (secteur 3) prenant en charge « plus de 1,5 million de patients » ou le fait de retirer certains avantages liés au cumul emploi retraite, ce qui risque de nuire par ricochet à l’accès aux soins.
« Quant à vous, Monsieur Yannick Monnet, vous estimez qu’on ne pense pas aux patients lorsque l’on décide, en intersyndicale globale et historique, de suspendre notre activité ? Vous n’êtes pas médecin, vous n’êtes pas soignant, vous ne savez pas ce qu’est la relation du soin, vous ne savez rien de cela. Vous n’affrontez pas le questionnement des femmes et des hommes face à la maladie, vous ne connaissez pas le doute, la souffrance et la peur, la mort… », énumère le Dr Marty.
Appel à Lecornu
Au terme de cette lettre en forme de diatribe, le Dr Marty alerte encore : « Nous ne serons pas les conséquences de vos laisser-faire. Cela fait des années que l’on meurt régulièrement sur des brancards aux urgences. Des années que la médecine de ville et l’hôpital s’effondrent, des années que cet effondrement est en lien avec vos errances. » « Vous devriez être dans la rue à nos côtés, mais non, vous préférez relayer certains éléments de langage préétablis, même si ceux-là sont l’aveu de votre inexistence », fustige-t-il.
Fidèle au message de l’intersyndicale, le généraliste appelle le Premier ministre Sébastien Lecornu à recevoir les représentants des médecins libéraux. « Vient un temps où l’on se lève de son fauteuil, la lumière s’est rallumée, le film était pas mal, les acteurs étaient un peu surannés pour l’un, caricaturaux pour les deux autres, il est temps de rejoindre la vraie vie, celle où ceux qui soignent les Français et portent vraiment la médecine de France, vont discuter et construire son avenir. »
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