« Comment sortir de l’impasse ? » C’est sous ce titre que le Sénat a placé l’audition de Thomas Fatôme, entendu ce mercredi 14 janvier 2026 par la commission des Affaires sociales, en plein mouvement de grève des médecins libéraux. Organisée du 5 au 15 janvier, la mobilisation vise à protester contre plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale adopté en décembre, dénoncées par les syndicats comme une « remise en cause du dialogue social » et le signe d’une « dérive autoritaire » du système de santé.
Dans le cadre de son audition, le directeur de l'Assurance-maladie a critiqué deux articles du budget de la Sécu très contestés par les médecins libéraux en grève, jugeant que « le plus tôt » ils « seront supprimés, le mieux ce sera ».
Deux articles dans le viseur
Les griefs portent notamment sur les articles 77 et 78 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), introduits par amendement à l'Assemblée : ceux-ci ouvrent la possibilité pour la Cnam, en cas d'échec du dialogue social, de fixer les tarifs de certains actes de manière unilatérale, une mesure qui ulcère les médecins libéraux. « Je n'ai jamais sollicité, imaginé, pensé un dispositif qui permettrait (...) de faire des baisses de tarifs de manière unilatérale, ça n'a aucun sens », s'est défendu Thomas Fatôme devant les sénateurs.
« Je n'entends pas, de quelque manière que ce soit, utiliser les articles 77 et 78 (...) votés contre l'avis du gouvernement. Et pour dire le fond de ma pensée, le plus tôt ces articles seront supprimés, le mieux ce sera : ce n'est pas la politique de l'Assurance-maladie ni de près, ni de loin », a-t-il souligné.
Devant les sénateurs, il a réaffirmé son « attachement » au « dialogue conventionnel » et à l'accord signé en juin 2024 avec « cinq des six syndicats représentatifs » des médecins libéraux pour revaloriser leur rémunération, à hauteur de « 1,6 milliard d'euros » au total, dont 1,1 milliard déjà dépensé en 2025.
Cet accord « très dense » contenait notamment le passage à 30 euros du tarif de consultation chez un généraliste, « des augmentations comparables des principales spécialités cliniques » (pédiatrie, psychiatrie…), mais aussi l'engagement de revaloriser les actes techniques, « grâce à une enveloppe de 240 millions d'euros », qui reste à répartir, a-t-il rappelé.
Une baisse de l’activité pas exclusivement liée à la grève
« Mon souhait, c'est que le plus tôt possible, nous puissions reprendre avec les médecins libéraux le chemin du dialogue », a-t-il ajouté. La grève a conduit la semaine dernière à une baisse d'activité autour de 17 % pour les généralistes et autour de 5 % pour les spécialistes, selon les données de l'Assurance-maladie, basées sur le nombre de feuilles de soins transmises par les médecins. À titre de comparaison, le mouvement d'octobre 2023 avait fait chuter l'activité d'environ « 30 % », a-t-il indiqué.
Par ailleurs, le nombre de médecins facturant au moins une consultation était également en baisse chaque jour, avec des reculs de 9,4 % à 13,8 % selon les jours pour les généralistes, toujours selon l’Assurance-maladie. Pour les spécialistes, le recul a varié de 0,7 % à 5,1 % selon les jours, à l'exception du vendredi où les spécialistes étaient au contraire 2,1 % de plus à facturer une consultation.
La semaine dernière, les syndicats de médecins ont affirmé que 80 % des praticiens participeraient à la grève à un degré variable sur les 15 jours. Le recul des transmissions et du nombre de médecins facturant n'est peut-être pas dû qu'à la grève, les intempéries ayant pu également jouer leur rôle. Selon les données de l'Assurance-maladie, les dentistes qui n'étaient pas en grève ont vu également leur volume de feuilles de soins transmises varier fortement pendant la semaine, avec de nets reculs lundi (-9 %), mardi (-11 %), et mercredi (-14 %), avant un retour à la normale jeudi et vendredi.
Construire ensemble
Lors de sa prise de parole, Thomas Fatôme a également appelé à ne « pas caricaturer à outrance les relations entre l’Assurance-maladie et les médecins », estimant qu’une partie des syndicats et des représentants cherchait avant tout à « s’extraire de toutes règles » et à « antagoniser tout ce qui est possible d’antagoniser ». Une attitude « pas nouvelle », selon lui, mais qui ne doit pas empêcher, a-t-il insisté, de « construire ensemble », d’entendre les raisons du mécontentement et d’apporter des réponses.
A.F (avec AFP)
Les ESS marquent leur territoire
Télémédecine : le gouvernement prêt à déverrouiller (un peu) les consultations à distance
Syndicats de biologistes libéraux et SEL font l’union sacrée au sein d’une fédération… et poussent leurs pions
Suppression de la MSO obligatoire en première intention ! La promesse de Rist aux syndicats, annonce la CSMF