« Excusez-moi du terme, mais c’est un peu la chienlit » : à La Grande-Motte, les cadres du SML sonnent l’alarme

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Publié le 10/10/2025
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Entre inquiétude et colère froide, les 70 cadres du Syndicat des médecins libéraux (SML) se réunissent du 10 au 12 octobre 2025 dans un contexte politique plus instable que jamais. En toile de fond, la peur d’une disparition du modèle libéral au profit d’une médecine sous tutelle. Mais le syndicat qui prône l’entrepreneuriat libéral refuse de baisser les bras.

70 cadres du SML se penchent sur l’avenir du système libéral

70 cadres du SML se penchent sur l’avenir du système libéral
Crédit photo : Loan Tranthimy

Sous le soleil automnal de La Grande-Motte (Hérault), l’ambiance des Journées du Syndicat des médecins libéraux (SML), qui se tiennent du 10 au 12 octobre 2025, oscille entre camaraderie et inquiétude. Dans les couloirs du Novotel où sont réunis les 70 cadres venus de toute la France, les échanges vont bon train. « Je suis ravie de venir chaque année, raconte la Dr Nathalie Berg-Hoijtink, médecin généraliste à Vence et présidente du SML des Alpes-Maritimes (06). Cela permet de se retrouver, de garder un lien. Mais cette année, on sent une vraie crispation. Pas de ministre, pas de Premier ministre, des dossiers en suspens. » Le même mot revient dans toutes les conversations : instabilité. « Excusez-moi du terme mais c’est un peu la chienlit, lâche le Dr Humbert Gojon, généraliste à La Réunion. On n’a plus de pilote dans l’avion. »

« Réexpliquer nos dossiers aux nouveaux ministres »

Alors qu’un Premier ministre devrait être nommé ce vendredi soir, des cadres rencontrés par Le Quotidien restent sceptiques. Qu’il soit de droite, de gauche ou du centre, « on est obligé de repartir de zéro, peste la Dr Christine Bertin-Belot, médecin généraliste à Besançon et secrétaire générale du SML. On passe notre temps à réexpliquer nos dossiers aux nouveaux ministres, qui s’intéressent de toute façon prioritairement à la préparation des textes budgétaires [État et Sécurité sociale pour 2026, NDLR]. Ce n’est pas possible de gérer un système de santé dans un tel flou. »

Pendant ce temps, des propositions de lois très irritantes pour la profession continuent d’avancer au Parlement et tiennent en alerte la Dr Sophie Bauer, présidente du SML. « C’est le cas de la proposition de loi (PPL) transpartisane du député socialiste Guillaume Garot sur la régulation à l’installation, déplore-t-elle. Le texte poursuit sa route au Sénat. Et ça, oui, ça nous inquiète énormément. »

Le syndicat est toujours vent debout contre ce texte déjà adopté en première lecture à l’Assemblée nationale (mais qui n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour du Sénat). « Le SML y est totalement opposé, martèle la chirurgienne vasculaire. Ce serait contre-productif : les jeunes ne s’installeront plus. On n’installe plus un médecin, on installe une famille. On ne vit plus dans le patriarcat médical où l’épouse gérait le cabinet. »

Endocrinologue libérale à Amiens, la Dr Catherine Mourlhon-Bibaud rappelle elle aussi que « cette méthode n’est pas la bonne car on punit les jeunes pour des erreurs politiques passées ». Mais la spécialiste reconnaît la nécessité d’un rééquilibrage territorial : « Il faut que tout le monde puisse avoir accès à un médecin, dans un périmètre raisonnable. Mais pas au prix d’une liberté d’installation sacrifiée. »

« Habiller Paul pour déshabiller Jacques »

Au fil des discussions, une autre réforme fait grincer les dents : la mission de solidarité territoriale, lancée en septembre par le ministre démissionnaire Yannick Neuder pour combler les déserts médicaux. Ce dispositif du plan Bayrou propose d’envoyer des praticiens deux jours par mois dans des zones sous-dotées. « C’est une bonne idée sur le papier, mais dans les faits, on habille Paul pour déshabiller Jacques, soupire la Dr Mourlhon-Bibaud. Nous sommes déjà en souffrance dans nos propres territoires. Et quand on part deux jours dans une région qu’on ne connaît pas, qui gère nos patients ici ? »

Sa consœur généraliste également installée à Amiens, la Dr Sylvie Debailleux-Duquesnoy abonde : « On nous demande toujours plus. On est déjà au maximum de ce qu’on peut faire, et pour obtenir un assistant médical, il faut encore augmenter la patientèle ! À un moment, ce n’est plus tenable. »

Plaidoyer pour une médecine de qualité

Derrière la colère, une lassitude plus profonde s’exprime : celle de la dévalorisation du temps médical. De fait, beaucoup redoutent que l’exercice libéral soit lentement remplacé par le salariat. « Avec une consultation à 30 euros, très loin de la moyenne européenne, comment voulez-vous attirer les jeunes ? Ils préfèrent la sécurité du salariat. Mais c’est une erreur dramatique pour l’avenir du système de santé », regrette le Dr Gojon.

Entre désillusion et résilience, les cadres du SML refusent néanmoins de baisser les bras. À l’issue de ces trois journées de travail, le syndicat compte affiner « un plaidoyer pour une médecine de qualité » et produire des propositions aux politiques. Et peu importe, au final, qui sera en face d’eux pour les recevoir.


Source : lequotidiendumedecin.fr