Octobre rose oblige, à Tours, Reims ou Paris, dans les universités ou sur les places publiques, des bustes féminins en silicone ont été installés afin que les femmes s'entraînent à la palpation des seins. À l’intérieur de ces simulateurs qui comprennent seins, clavicules et aisselles, tous les signes devant alerter et inciter à consulter un gynécologue ont été placés : ganglions durs au niveau du creux axillaire, aspect peau d'orange autour du mamelon, rétractation asymétrique d'un des deux mamelons et bien sûr boules à l'intérieur des seins.
« L'intérêt est de montrer les bons gestes pour examiner les seins et les anomalies qui peuvent évoquer un cancer, précise le Dr Sophie Béranger, radiologue au Centre du sein du Groupe hospitalier Paris Saint Joseph (GHPSJ) qui dispose d'un tel outil. Par ce biais, nous apprenons à nos patientes à identifier elles-mêmes les signes devant inciter à consulter un gynécologue. Cet apprentissage est important à tout âge, même pour les femmes de moins de 40 ans qui ne rentrent pas dans le cadre du dépistage organisé ». Les médecins peuvent équiper leur cabinet d'un buste de simulation. Plusieurs laboratoires le fabriquent. Néanmoins, « en pratique, les bustes d'autopalpation restent peu utilisés par les médecins », note le Dr Alban.
Une pratique simple
Concrètement, l'auto-examen doit débuter devant un miroir : cela permet d'inspecter les deux seins et de vérifier qu'il n'y a rien d'anormal. La femme peut, ensuite, lever un bras et palper l'ensemble du sein fermement (en remontant jusqu'aux clavicules), en effectuant des petits cercles avec les bouts des doigts, les mains étant posées à plat. Elle doit également porter une attention particulière à la zone entre le sein et l'aisselle, à la recherche d'une éventuelle grosseur ou induration. « Les médecins doivent être sensibilisés à ces gestes et les apprendre à toutes leurs patientes. L'autopalpation doit être faite de façon régulière (sous la douche, par exemple), idéalement après les règles. Et jamais pendant d'ovulation car durant cette période l'aspect des seins est modifié », résume le Dr Béranger.
Toute asymétrie du sein persistant plus d'une semaine − et comportant une boule, une déformation ou un eczéma du mamelon, un écoulement sanglant au niveau du mamelon, une rougeur globale du sein, ou une adénopathie axillaire − doit être explorée par une échographie et/ou une mammographie.
Ces règles s'appliquent à tout âge : « chez les jeunes femmes réglées, par exemple, une boule qui persiste doit être explorée. Celle-ci n'est pas toujours le signe d'un cancer. Il peut s'agir d'une affection bénigne telle que le fibroadénome, impliquant un contrôle régulier sans forcément nécessiter une intervention chirurgicale », souligne le Dr Séverine Alran, chirurgien au Centre du sein du GHPSJ.
Par ailleurs, en cas de rougeur du sein, un traitement antibiotique peut être débuté. « Si cette rougeur persiste malgré l'antibiothérapie, il faut penser au cancer du sein inflammatoire dont le diagnostic nécessite une biopsie même si l'examen échographique et mammographique est normal », souligne le Dr Alran. Les anomalies bilatérales (présence d'une boule dans les deux seins, par exemple) sont souvent dues à des phénomènes hormonaux, liés au cycle de la femme. Il s'agit souvent de lésions histologiques bénignes (telles que la mastose). « Néanmoins, dans de rares cas, les anomalies bilatérales peuvent être le signe d'un cancer du sein », assure le Dr Alran.