Tests multiplex

Trod grippe/Covid/VRS : pas de bénéfice médical individuel démontré selon la HAS

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Publié le 13/06/2023
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En l'absence de données suffisamment robustes, la Haute Autorité de santé (HAS) questionne la pertinence du recours aux tests multiplex antigéniques pour le diagnostic des infections respiratoires aiguës courantes en ambulatoire, tout en laissant la porte ouverte à un usage dans un objectif de santé publique.

Crédit photo : BURGER / PHANIE

Les tests rapides d'orientation diagnostique (Trod) Covid/grippe/et ou VRS « ne présentent pas à l’heure actuelle, à l’échelon individuel, d’intérêt médical démontré en ville ». Dans un avis rendu public ce 13 juin, la Haute Autorité de santé (HAS) questionne la pertinence du recours aux tests multiplex antigéniques pour le diagnostic des infections respiratoires aiguës courantes en ambulatoire.

Saisie sur cette question par la Direction générale de la Santé (DGS), l’instance s’est penchée sur les performances des Trod Covid/grippe et Covid/grippe/VRS en appréciant à la fois leurs performances diagnostiques, leur utilité clinique en ville et leur impact populationnel.

Une sensibilité insuffisante

Concernant les performances diagnostiques, les données disponibles (portant essentiellement sur les Trod unitaires) suggèrent une bonne spécificité de ces tests mais une sensibilité insuffisante. Ainsi, « l'utilisation des Trod multiplex pourrait générer environ 25 % de faux-négatifs pour le VRS chez l'enfant, et 45 % pour les virus grippaux, quel que soit l'âge », résume la HAS dans un communiqué. Certaines études fournies par les fabricants évoquent des performances supérieures mais restent insuffisantes sur le plan méthodologique.

Quelle utilité clinique ?

De plus, « la HAS n'a pas identifié de données permettant de démontrer l'utilité clinique des Trod multiplex », souligne le communiqué. Concernant la grippe, l’autorité estime que ces tests « ne sont pas appropriés pour adapter les conseils à prodiguer aux patients en vue d'éviter la contamination des personnes à risque de forme sévère, compte tenu du risque potentiel important de résultats faussement négatifs ». Par ailleurs, la recherche antigénique du VRS « ne semble utile ni au diagnostic (qui repose sur la clinique), ni à la prise en charge (à l'heure actuelle uniquement symptomatique), et ne présente pas d'intérêt évident à être faite en l'absence de symptômes évocateurs de bronchiolite ».

Alors que ces tests suscitent un intérêt croissant, boosté par la circulation concomitante des trois virus l’hiver dernier, la HAS tend donc à freiner les ardeurs en se montrant plutôt réservée pour le moment quant à leur bénéfice clinique individuel.

Un intérêt collectif potentiel

Elle laisse en revanche la porte ouverte à un usage dans un objectif de santé publique. Outre l’évitement de certaines reconsultations ou consultations aux urgences en cas d’infections, l'utilisation de ces tests pourrait « participer à la baisse de la consommation d'antibiotiques en ville, qui reste élevée », espère la HAS.

Ainsi, « la recherche rapide antigénique (des virus respiratoires courants) par un Trod grippe/COVID ou grippe/Covid/VRS pourrait présenter un intérêt médical à l’échelon populationnel qui justifierait une prise en charge par la collectivité », estime l'autorité.

Sous réserve toutefois que « les Trod utilisés présentent des performances diagnostiques cliniques suffisantes, (sensibilité clinique supérieure ou égale à 80 % et spécificité clinique supérieure ou égale à 99 %) » et que « l’intérêt populationnel soit conforté » notamment par un recueil prospectif comparatif de données d’utilité clinique en vie réelle.


Source : lequotidiendumedecin.fr