Certes, la tragédie n’est pas née à Hiroshima. D’autres villes martyres en Europe incarnent le mal absolu, l’inhumanité, l’absence de toute morale. Mais ici la frontière avait été bien tracée entre le diable et les autres. Et faute d’avoir enseveli six millions de victimes, nous entretenons loin d’Antigone le foyer du souvenir de l’horreur. Mais qu’avons-nous fait pour Hiroshima et ses morts, sinon creuser la tombe de l’oubli et y avoir jeté notre repentir. Dans le très beau Quarto qui réunit une partie de l’oeuvre de Kenzaburô Ôe, les Notes de Hiroshima ouvrent sur l’abîme de notre ignorance. Rien voir dans les années soixante, on peut encore comprendre. Mais comment ne pas être saisi aujourd’hui par ces reportages rédigés comme journaliste par le prix Nobel de littérature 1994. Pas de grandes vérités ou de messages universels, mais de simples portraits comme celui du Dr Shigetô. Engagé une semaine avant l’explosion atomique, il consacrera tous les autres jours de sa vie à la prise en charge des malades, victimes de la bombe, comme chercheur et clinicien. Il sera même le premier clinicien à établir un lien entre l’exposition aux radiations et la survenue plus tard d’une leucémie. Le tombeau dressé pour les médecins d’Hiroshima, leur abnégation, leur courage trace ainsi un chemin escarpé, difficile à emprunter.
Les romans n’ont pas tous cette force. Leur nature scandaleuse pour certains a forcément vieilli. Demeure une œuvre forte, politique, dérangeante prête à dévoiler au-delà de l’intime et l’inavouable une histoire personnelle donc universelle.
Kenzaburô Ôe, œuvres, collection Quarto, éd. Gallimard, 1 344 pp., 31 euros.
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