Monsieur le Président, cher confrère,
Votre silence équivaut-il à un oubli, une peur de diviser, une approbation, une connivence ou une stratégie personnelle ? La France, depuis quelques mois ne cesse de parler de l’éventuelle ouverture de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes seules.
Bien que nous, médecins, soyons concernés au premier chef par ce sujet, l’Ordre des médecins n’intervient pas dans ce débat et se tait. Silence total. C’est pourtant son rôle de rappeler l’éthique en matière de santé. Vous-même avez dit : « l’Ordre a une fonction de réflexion éthique fondamentale ».
Une réelle inquiétude dans la profession
Le 23 février dernier, je vous ai adressé une lettre vous signalant l’existence d’un manifeste (www.lemanifestedesmedecins.fr) signé aujourd’hui par 1760 médecins dont 100 gynécologues, 80 psychiatres, 80 pédiatres, 750 généralistes. Intitulé « Nous voulons rappeler le rôle de la Médecine », ce manifeste met en garde, en matière de PMA, contre les tentations qu’ont les pouvoirs publics ou certains lobbies d’utiliser notre profession à des fins partisanes ou personnelles. Cela prouve une réelle inquiétude de notre profession. Les 1760 médecins demandent au Conseil de l’Ordre de faire respecter les règles de la déontologie médicale. Vous avez transmis ma lettre au docteur Jean-Marie Faroudja, vice-président chargé de l’éthique qui m’a répondu le 11 avril disant : « Nous suivons avec intérêt les débats qui ont lieu à l’occasion des états généraux de la bioéthique. L’Ordre des médecins s’exprimera en temps voulu sur les thèmes qui concernent la médecine ».
Le Conseil Consultatif National d’Éthique a publié le 5 juin 2018 un rapport de synthèse sur les auditions qu’il avait menées lors des états généraux de bioéthique. 164 associations ou institutions ont été auditionnées. L’Ordre des médecins n’y figure pas. Parmi elles, le Comité d’Éthique de l’Académie Nationale de Médecine a insisté sur la question de l’intérêt supérieur de l’enfant en rappelant que l’AMP avec donneur prive volontairement l’enfant de la relation structurante avec deux adultes de sexe différent.
L’Ordre des médecins n’apparaît pas dans ce rapport car il n’a pas demandé à être auditionné. C’est tout simplement ahurissant de penser que l’institution qui nous représente, nous les médecins français, n’a pas jugé utile de donner un avis d’expert durant les états généraux de la bioéthique.
Quand la médecine sort de son rôle, elle s'égare
L’Histoire nous a montré que chaque fois que la Médecine sort de son rôle, elle s’égare. L’eugénisme, le dopage, la sélection des races, la « fabrication d’enfants » en dehors de la complémentarité homme-femme sont étrangers aux buts de la médecine. Nous devons le dire. Vous devez le dire. Rien ne justifie, pas même le désir naturel d’enfant chez une femme, que les médecins prêtent leur concours à la « fabrication » d’enfants privés volontairement de père et de racines paternelles. Nous savons bien que ces enfants souffriraient tôt ou tard de séquelles psycho-affectives. Ce serait injuste et coupable de participer à une telle entreprise.
Bien sûr, il y a des confrères qui exercent des pressions pour aller dans le sens de l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens. Certains le font par idéologie, d’autres par intérêt. Ils ont en commun un profond mépris des droits de l’enfant. Tous leurs arguments sont balayés quand on lit les témoignages de ces enfants privés volontairement de père par une PMA et qui évoquent leur blessure profonde. Certains d’entre eux, brisés dans leur existence, n’hésitent d’ailleurs pas à pointer du doigt l’irresponsabilité médicale.
Nous, médecins, devons nous positionner courageusement pour dénoncer l’injustice comme l’avait fait en son temps votre prédécesseur le Professeur Bernard Glorion dans un autre domaine. C’est l’esprit du serment d’Hippocrate. C’est ce que nous attendons de vous. Une médecine sans éthique est la proie des totalitarismes. Avec mes confraternelles salutations.
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