Une équipe de Besançon présente ses travaux à l’ACC

La perte de chance des femmes victimes d’un infarctus

Publié le 19/03/2010
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Crédit photo : BSIP

CE N’EST PAS rien d’être accepté pour une présentation au congrès de l’ACC (American College of Cardiology). C’est le cas du Pr François Schiele (CHU de Besançon) et ses collègues du Réseau de Cardiologie de Franche-Comté (1). C’est dire l’intérêt porté au travail qu’ils viennent de présenter à Atlanta : « Effets des caractéristiques cliniques et des traitement sur les différences entre les sexes dans le devenir des infarctus du myocarde. A propensy score-matched analysis ».

Des travaux antérieurs, on s’en souvient, ont montré que les femmes hospitalisées pour un infarctus du myocarde ont une mortalité à 30 jours accrue de 40 à 100 % par rapport aux hommes. Que cette surmortalité est réduite après ajustement pour l’âge et les comorbidités. Que, en ce qui concerne l’interaction âge-sexe, il existe une discordance entre les études. Et qu’il existe des différences selon qu’il s’agit d’un infarctus avec sus-décalage de ST (STEMI) ou pas. Ces travaux ont conduit l’équipe de François Schiele et son équipe à évaluer les effets des caractéristiques cliniques et des traitements sur la différence entre les sexes, à l’aide d’une technique appelée « Propensy Score-matched Analysis » (méthode dont le but est de réduire les biais dans les estimations des effets du traitement dans les études observationnelles).

Dans le cadre d’un travail multicentrique, les auteurs ont analysé les données d’un registre régional incluant tous les patients traités pour un infarctus entre janvier 2006 et décembre 2007. Parmi les 3 510 patients de l’étude, 1 119 (32 %) étaient des femmes. Les femmes avaient en moyenne 9 ans de plus que les hommes, avaient davantage de comorbidités, recevaient moins de traitements pour leur infarctus, avaient un risque doublé de décès, que ce soit pendant le séjour hospitalier (9,7 % versus 5 %) ou pendant le mois suivant (12,4 % versus 7 %).

Les auteurs ont utilisé la méthode de Propensy Score-matching Analysis pour créer des paires d’hommes et de femmes étroitement appariées en fonction des caractéristiques initiales ; ce qui a permis de créer 649 premières paires. Une deuxième population de paires appariées a été établie en tenant compte non seulement des caractéristiques initiales mais aussi des traitements et stratégies utilisés pour chaque patient. D’où 584 autres paires.

L’étude des 649 premières paires montre que, malgré des caractéristiques cliniques très voisines, les hommes avaient 57 % plus de chances d’avoir une coronarographie. Chez les patients STEMI, les hommes recevaient davantage que les femmes soit d’une angioplastie (72 % de plus) soit d’une intervention percutanée (24 % de plus). Quant au taux de décès, il était 48 % plus faible chez les hommes au cours du séjour hospitalier et de 30 % plus faible dans le premier mois. En fin de compte, les auteurs montrent que, lorsque l’appariement porte à la fois sur les caractéristiques cliniques et les traitements utilisés, les taux de mortalités sont très voisins entre les hommes et les femmes. Ce qui suggère qu’on pourrait réduire la mortalité féminine en utilisant des procédures plus invasives.

(1) François Schiele, Nicolas Meneveau, Marie-France Seronde, Vincent Descote-Genon, Joanna Dutheil, Romain Chopard, Fiona Escarnot, Jean-Pierre Bassand.

 Dr EMMANUEL DE VIEL

Source : Le Quotidien du Médecin: 8732