Pour soigner l'infertilité

Des cultures de spermatozoïdes in vitro

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Publié le 10/10/2016
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Crédit photo : PHANIE

Prévenir et de traiter l’infertilité masculine, c'est le but du laboratoire Kallistem, une société lyonnaise de biotechnologie, spécialisée dans la spermatogenèse in vitro.

Pour obtenir des spermatozoïdes ex vivo, le prélèvement est placé pendant 72 jours dans un mini-bioréacteur composé d'un tube d'hydrogel de chitosane, un polysaccharide dérivé de la chitine, que l'on trouve dans les carapaces de crabes ou de crevettes par exemple. Cette technologie, brevetée depuis juin 2015, reproduit le tube séminifère masculin et permet d'obtenir des spermatozoïdes viables en 72 jours. Le procédé a fait l'objet d'une publication dans la revue « Biology of Reproduction » en août 2016. « Nous avons réussi à obtenir des gamètes morphologiquement normaux et nous sommes désormais en train de faire des tests avec des rats pour vérifier qu'ils peuvent donner des petits ratons normaux, capables de se reproduire », explique Marie-Hélène Perrard-Durand. Ces tests devraient durer deux ans.

En attente d'études cliniques

S'ils sont concluants, le laboratoire espère pouvoir passer aux études cliniques, pour aboutir, à terme, à une solution commercialisable sur le marché, à un prix raisonnable.

La technique pourrait aider à la préservation de la fertilité chez le jeune atteint de cancer et chez l'adulte, en cas de trouble de la spermatogenèse. « Les jeunes garçons atteints de cancer ont des risques de voir leur fertilité altérée par la chimiothérapie, explique Marie-Hélène Perrard-Durand, chercheuse au CNRS et co-fondatrice de Kallistem. Grâce à la technologie de Kallistem nous pourrons leur prélever un petit morceau de testicule avant qu'ils ne subissent la chimio, le mettre en culture et obtenir des spermatozoïdes que l'on congèlera jusqu'à ce qu'ils aient le projet de fonder une famille ». Il suffira ensuite de les décongeler pour réaliser une fécondation in vitro avec les ovules de leur compagne. Kallistem pourra aussi venir en aide à des hommes souffrant d'un trouble la spermatogénèse dû à un déficit de leurs cellules de Sertoli (azoospermie avec cellules souches germinales). Là encore il sera possible de cultiver un petit morceau de testicule, en ajoutant des facteurs de croissance qui lèveront le blocage empêchant le développement complet des spermatozoïdes. 

Anne-Gaëlle Moulun

Source : Le Quotidien du médecin: 9524