Davantage d’infarctus mais mortalité moindre

Côté cœur, des femmes plus fragiles mais plus vaillantes

Publié le 27/10/2009
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LES PRÉJUGÉS ont la vie dure. Quand on parle de population à risque d’infarctus du myocarde (IDM), l’image qui vient spontanément à l’esprit est celle d’un homme de plus de 50 ans, sédentaire, fumeur, aimant la bonne chère et plutôt bedonnant. Rarement, avouons-le, celle d’une femme de plus de 50 ans, sédentaire, fumeuse, aimant la bonne chère, etc. Et pourtant, la société évolue et avec elle l’épidémiologie des facteurs de risque cardio-vasculaires. En adoptant des comportements à risque, en particulier le tabagisme, les femmes longtemps considérées à l’abri ne sont plus suffisamment protégées par leur statut hormonal. D’après une enquête californienne sur près de vingt ans, la répartition classique hommes/femmes tend à s’inverser en effet. Depuis quelques années, alors que la prévalence des IDM diminue chez les hommes, elle augmente chez les femmes. Le fossé traditionnel entre les sexes se comble. Ainsi, dans la tranche d’âge 35-54 ans, la prévalence d’IDM a diminué chez les hommes de 2,5 % sur la période 1988-1994 à 2,2 % sur la période 1999-2004, alors qu’elle a augmenté chez les femmes de 0,7 % à 1,0 % sur les mêmes périodes. Toujours selon l’équipe du Dr Amytis Towfighi, les hommes prennent davantage soin d’améliorer leurs facteurs de risque cardio-vasculaire que les femmes. Hormis pour le diabète de type 2 dont la prévalence va croissante dans les deux sexes.

Mortalité par IDM en baisse.

Parallèlement, dans le même numéro de « Archives of Internal Medicine », des épidémiologistes d’Atlanta ont montré que les femmes jeunes ont le plus bénéficié de la diminution de la mortalité postinfarctus. Des études antérieures avaient pointé du doigt en effet un constat inquiétant : la mortalité hospitalière par IDM était bien plus élevée chez ces femmes que chez leurs homologues masculins. Pour les auteurs, le phénomène est difficile à expliquer. Probablement, en raison de facteurs de risque plus marqués, en particulier le diabète et les antécédents d’accident vasculaire cérébral. L’équipe du Dr Viola Vaccarino a ainsi analysé les données de plus de 916 000 patients ayant eu un IDM et inscrits dans le registre national sur la période 1994 à 2006. La mortalité hospitalière a ainsi diminué considérablement dans les deux sexes, mais de façon plus marquée chez les femmes. Entre 1994 et 2006, chez les moins de 55 ans, la baisse de mortalité chez les femmes était estimée à 52,9 %, chez les hommes à 33,3 %. En valeur absolue, la réduction de mortalité était trois fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes (2,7 % versus 0,9 %). Selon les auteurs, il semblerait que certains facteurs cliniques soient recueillis plus systématiquement, comme les antécédents de diabète. De plus, il semblerait que les différences de présentation entre les sexes tendent à se diminuer et que les facteurs de risque chez les femmes sont de mieux en mieux pris en charge avant la survenue d’un IDM. Ces deux études mettent l’accent sur la nécessité d’une prévention précoce et agressive chez les femmes, en particulier vis-à-vis du diabète et du tabagisme.

Archives of Internal Medicine, édition du 26 octobre 2009.

 Dr IRÈNE DROGOU

Source : lequotidiendumedecin.fr