Pr Gilles Pialoux, vice-président de la Société française de lutte contre le sida

« Aborder le VIH de manière isolée n’a plus de sens »

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Publié le 20/03/2023
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Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent de cette 30e édition de la CROI ?

Pr G. P. : Si la CROI reste une conférence sur les rétrovirus, une grande partie de cette édition a été consacrée aux IST et aux maladies émergentes. Et pour cause : la lutte contre le VIH a été retardée par le Covid, et s’est ajoutée chez les HSH l’épidémie de variole du singe, que personne n’avait prévue. Dans ce contexte, aborder le VIH de manière isolée n’a plus de sens : des approches de santé globale sont attendues. D’où, d’ailleurs, l’annonce d’une ouverture aux sciences sociales – même si, dans les faits, la CROI 2023 est restée surtout tournée vers les sciences dures.

En quoi le manque de sciences sociales est-il problématique ?

Pr G. P. : En matière de prévention, on ne s’en sortira pas qu’avec des sciences dures et des médicaments. En témoigne un gap important entre des outils qui se multiplient et les contaminations qui continuent. Alors que des inserts rectaux, des implants à longue durée d’action, etc., sont dans les pipelines, on ne parvient toujours pas à atteindre nombre de publics cibles de la PrEP, à l’instar des plus de 60 ans à risque, des moins de 25 ans, des migrants et des femmes. Et de nouvelles problématiques émergent, comme le chemsex, qui nécessiterait une prévention combinée avec non seulement la PrEP mais aussi un dépistage des IST, une prise en charge addictopsychiatrique, des mesures de réduction des risques, des études sociologiques sur les parcours et les déterminants de consommation, etc.

Sur le front des vaccins, assiste-t-on vraiment à un renouveau de la recherche ?

Pr G. P. : Cette CROI signe un retour de la recherche vaccinale, avec à la fois des résultats négatifs et de nouvelles pistes. Le candidat français apparaît intéressant du fait de sa cible inhabituelle (les cellules dendritiques, ubiquitaires). Mais il n’est pas seul : sont aussi développés des vaccins à ARN, des vecteurs viraux (adénovirus, CMV…), des peptides avec adjuvants, etc. En fait, la recherche vaccinale semble avoir appris de ses échecs et reprendre du poil de la bête. Et ce, alors qu’on continue d’avoir besoin d’un vaccin, notamment pour les populations des pays émergents qu’on ne touche pas avec la PrEP et autres outils de prévention.


Source : lequotidiendumedecin.fr