Dans le département de la Seine-Saint-Denis, premier désert médical urbain, la mortinatalité, les taux d’obésité de l’adulte et de l’enfant, le nombre de cas de tuberculose et d’infection par le VIH, sont supérieurs à tous les autres départements de métropole.
À l’heure où le gouvernement entame les concertations autour de quatre priorités, la prévention, la lutte contre les inégalités sociales et territoriales d’accès aux soins, la pertinence et la qualité des soins, enfin l’innovation en particulier organisationnelle et numérique, les propositions doivent correspondre aux besoins de chaque territoire, en particulier de la Seine-Saint-Denis, département des plus grandes inégalités sociales de santé dans la région la plus riche de France.
Les initiatives des professionnels de santé, des élus locaux et des associations peuvent constituer des solutions concrètes et adaptées mais faut-il encore qu’ils aient des moyens suffisants pour remplir leur mission. Ceci a un coût qui doit aussi être assumé au niveau national. Plus que sur beaucoup d’autres territoires, le budget alloué à la santé doit tenir compte du risque sanitaire et du niveau socio-éducatif de la population ; 30 % des familles sont monoparentales en Seine-Saint-Denis.
La rémunération des professionnels de santé ne peut pas être régulée seulement par les actes dans un département où il faut, d’abord, prendre plus de temps pour expliquer et soigner, souvent avec la barrière de la langue, ensuite assurer, pour près la moitié des patients, l’articulation entre les secteurs sanitaire et médico-social ainsi que la coordination ville/hôpital. Les centres de santé qui s’y consacrent sont très souvent déficitaires avec parfois jusqu’à 20 % d’impayés.
Dans ce grand désert médical qu’il faut parfois plus de deux heures pour traverser en voiture, la mise en place de téléconsultations est une urgence pour pallier le manque de spécialistes.
Prévention : de multiples leviers
La prévention, priorité du gouvernement, passe, en Seine Saint-Denis, par la prise en charge médico-sociale, psychologique et psychiatrique (très inférieure par rapport à la moyenne nationale) mais aussi par des politiques volontaristes en matière de culture, d’éducation et d’habitat. La médecine scolaire et la médecine du travail sont à bout de souffle ; la Seine-Saint-Denis n’y échappe pas, mais les conséquences sont plus graves que dans d’autres départements. Plus de quatorze pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec, pour conséquence un taux de renoncement aux soins très élevé. Les jeunes, scolarisés ou non, consultent très peu les médecins de ville. Les chômeurs, souvent en situation sociale et sanitaire précaire, ne peuvent pas bénéficier des visites de médecine du travail. Les professionnels de la médecine scolaire et de la médecine du travail font un travail remarquable mais s’épuisent et leur nombre continue à diminuer. Il faut, réglementairement, mettre fin au cloisonnement entre médecine scolaire ou médecine du travail et médecine de ville et permettre l’intervention des médecins généralistes, pédiatres, autres spécialistes et professionnels paramédicaux lorsque l’état de santé du jeune ou du travailleur le nécessite ou si il n’a pas consulté de médecin dans l’année écoulée.
L’université Paris XIII a mis en place une formation à Bobigny pour les bacheliers du 93 qui se destinent aux études de santé. C’est un moyen de permettre à ces jeunes de réussir la première année ultra-sélective en espérant qu’ils auront envie de s’installer dans leur département d’origine. D’autres mesures doivent être étudiées au niveau national, dont la territorialisation du numerus clausus, en privilégiant les facultés et centres de formation proches des zones sous-dotée, avec des contreparties et des incitations financières réelles pour que les étudiants formés s’installent dans ces zones.
* Porte-parole de l'association France Dépendance
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