Avec plus de deux ans de retard et des controverses sur ses objectifs, la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a été publiée ce 11 février 2026 par les ministères de l'Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé. Principal point de tension, les termes employés pour qualifier les ambitions concernant la consommation de viande ont été au cœur d’âpres négociations, alors que l'alimentation représente près d'un quart de l'empreinte carbone des Français, dont 61 % issus des « produits d'origine animale ».
Le terme de « limitation » de la consommation de viande est souvent employé au ministère de l'Agriculture, tandis que le mot « réduction » figurait dans le projet initial et était défendu par le ministère de la Transition écologique. En septembre, Matignon avait bloqué la publication de la Stratégie souhaitant remplacer l'idée de réduction par « une consommation de viande équilibrée ». Plus de 100 associations avaient dénoncé ce report, perçu comme un « mépris de la démocratie ». Le 28 novembre suivant, bis repetita : Matignon bloque à nouveau la stratégie, pourtant présentée à la presse la veille. In fine, dans la version publiée ce 11 février, la Snanc préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie », et non une réduction. Le document prône en revanche de « réduire la consommation de viande importée ».
Le texte, issu de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience (2021), est censé définir l'action du gouvernement d'ici à 2030 pour une alimentation saine et moins émettrice de gaz à effet de serre. Il plaide pour « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS (le programme national nutrition santé, NDLR) ». La nouvelle version du PNNS pour la période 2025-2030 est toujours en attente de publication. C’est sur ce programme et sur la Snanc que repose le volet « prévention primaire » de la feuille de route gouvernementale sur l’obésité.
Concrètement, la Snanc recommande « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers, une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et une réduction de la consommation de viande importée ».
Absence d’objectifs chiffrés sur les recommandations
Si la publication tant attendue de la Snanc est saluée, des acteurs de la santé déplorent un manque d’ambition et l’absence d’objectifs chiffrés sur les recommandations. « On est soulagés que cette stratégie soit sortie, on avait très peur qu'elle soit enterrée, réagit Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé. Mais on attendait une stratégie beaucoup plus courageuse ». Elle dénonce des « renoncements » sur la « malbouffe », y voyant l'influence de « lobbies agroalimentaires ». La Snanc ne comporte pas de mesures ciblant l’alimentation ultratransformée, et se contente de demander davantage d’études.
Le Pr Serge Hercberg, co-créateur du Nutri-Score, se félicite aussi que « la Snanc sorte enfin », qu’elle dresse un « constat lucide de la situation nutritionnelle et environnementale » et comporte « des propositions d'intérêt ». Mais il regrette « une frilosité et une timidité sur certains points » comme la réglementation de la publicité et du marketing pour éviter une surexposition, notamment des enfants, ou l'absence d'« un objectif immédiat de réduction de la consommation des aliments ultratransformés », déplorant « un report d'une prise de décision pourtant dès à présent justifiée en termes scientifique et de santé publique ».
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