Première xénogreffe de foie en Chine

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Publié le 04/04/2025

Des chercheurs chinois ont transplanté un foie de cochon génétiquement modifié à un patient en état de mort encéphalique. Le greffon a récupéré une fonction exocrine et endocrine, sans rejet histologique, pendant les 10 jours de l’expérience.

Crédit photo : APHP-St ANTOINE-GARO/PHANIE

Un foie de cochon a, pour la première fois, été greffé sur un être humain, ont annoncé les chercheurs chinois de la faculté de médecine militaire Xi’an. Une performance, alors que quelques autres greffes expérimentales de l'animal à l'humain (rein, cœur) ont été réalisées ces dernières années.

Cette performance, détaillée dans le journal Nature, n'est pour l'heure qu'une expérience sans portée médicale immédiate : le receveur était en état de mort cérébrale. Une seule expérience du même type avait été réalisée avec un xénogreffon hépatique, mais le foie était raccordé en externe et pendant trois jours seulement.

Le donneur, lui, était un cochon miniature modifié pour six gènes (développé par la société Clonorgan Biotechnology) afin d'augmenter les chances de réussir la transplantation. L'opération a été réalisée le 10 mars 2024, trois jours après que le diagnostic de mort encéphalique soit posé.

Utilisation en greffe auxiliaire

Le foie transplanté a fonctionné pendant dix jours, avant que les chercheurs ne mettent fin à l'expérience à la demande de la famille. Le patient disposait toujours de son foie d'origine : il s’agit là d'une greffe « auxiliaire » (bridge graft), c’est-à-dire une greffe temporaire avec un organe de transition avant de trouver un foie sain issu d'un donneur humain.

Le foie greffé « a vraiment bien fonctionné » et « secrété sans problème de la bile » comme de l'albumine, a déclaré en conférence de presse Lin Wang, coauteur senior de l'étude. Le taux d’Alat est resté dans la normale, tandis que celui d’Asat a augmenté à J1 avant de rapidement diminuer. Après une chute des plaquettes en post-opératoire immédiat, le taux est remonté à la normale ensuite. Avec un traitement immunosuppresseur par immunoglobulines anti-thymocytes et rituximab, aucun signe de rejet n’a été constaté à l’histologie.

Compatibilité humaine de la xénogreffe

Selon des experts n'ayant pas participé à ce travail, il s'agit d'une belle avancée mais il faut se garder d'y voir la preuve qu'un foie de cochon puisse réellement remplacer un organe humain dans l’immédiat. Les auteurs eux-mêmes appellent à poursuivre les études. « Même si le xénogreffon a pu sécréter de la bile et produire de l’albumine porcine dans cette étude, il est peu probable que la production (…) soit suffisante pour assurer les besoins du corps humain sur une longue période », écrivent-ils. L’utilisation en greffe auxiliaire se révèle plus adaptée.

Ce sont des résultats « de valeur et impressionnants » mais « cela ne saurait remplacer la transplantion d'un foie issu d'un donneur humain, en tout cas pas à court terme », a prévenu auprès de l'AFP le Pr Peter Friend, spécialiste des greffes à l'université d'Oxford. « C'est un essai utile pour montrer la compatibilité de ces foies génétiquement modifiés avec un humain », a-t-il résumé.

Cette expérience confirme, en tout cas, que le cochon est potentiellement le meilleur animal pour développer des organes destinés à l'humain.

Plusieurs expériences, ces dernières années aux États-Unis, ont déjà permis de greffer des reins ou des cœurs de porc. Si les patients ont rarement survécu longtemps, l'un d'eux, qui a reçu un rein de cochon en novembre 2024, est toujours en vie. Le foie, toutefois, pose un problème complexe car il s'agit d'un organe dont les fonctions, à la fois exocrines et endocrines, sont multiples.

Dr I.D. avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr