C’est un constat connu de longue date : alors qu’ils ne représentent qu’une part réduite de la population exposée à un problème de santé, les patients recrutés dans les CHU pour participer aux essais cliniques sont les plus nombreux. Les patients vus en médecine générale, eux, suscitent d’autres questions de recherche : interventions non pharmaceutiques, suivi des malades chroniques, modèles d’organisation, coopération interprofessionnelle, parcours de soins… Cette année, de nouvelles briques sont venues compléter l’édifice construit après deux étapes jalons.
Pour favoriser la recherche clinique hors de l’hôpital, le ministère de la Santé a d’abord mis en place en 2021 un appel à projets (AAP) annuel baptisé Respir (Recherche en soins primaires interrégional), doté de 10 millions d’euros à chaque édition. Cette initiative a été « un appel d’air », explique le Dr Jean-Pascal Fournier, généraliste en maison de santé, professeur au sein du département de médecine générale de l’université de Nantes et impliqué dans plusieurs essais. Depuis, 42 projets ont été soutenus chaque année.
Plus de 2 000 cabinets et structures pluriprofessionnelles sont associés à la plateforme P4DP
Puis le réseau F-Crin (French Clinical Research Infrastructure Network) a lancé Must (pour Multidisciplinary Universitary Research Network for Primary Care) en septembre 2024. Portée par le Collège national des généralistes enseignants (CNGE), cette initiative vise à développer la recherche « au plus près du patient » : dans les maisons de santé pluriprofessionnelles, les centres de santé, les cabinets de médecine générale, les Ehpad et même à domicile.
Un groupe de travail sous l’égide de la DGOS
En février, un colloque organisé par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a officialisé un groupe de travail sur l’organisation de la recherche clinique en ville, les objectifs étant la mise en place de financements adaptés et pérennes ainsi que la création d’une fédération nationale de recherche en soins primaires.
L’année 2025 a aussi été marquée par le lancement de la plateforme P4DP (pour Platform for Data in Primary Care), financé par l’État à hauteur de près de 10 millions d’euros sur trois ans dans le cadre du plan France 2030, pour un budget total de plus de 14 millions. Plus de 2 000 cabinets et structures de santé pluriprofessionnelles sont associés à cet entrepôt de données. Y sont collectés mesures anthropométriques (poids, taille…), habitus (situation familiale, métier…), consultations, prescriptions ou résultats d’examen, avec un recoupement possible avec le Système national des données de santé, au sein du Health Data Hub.
Plusieurs usages sont envisagés : veille épidémiologique, pharmacovigilance, retour d’informations en vue d’améliorer les pratiques, mais aussi recherche clinique, en permettant d’identifier les patients pouvant répondre aux critères d’inclusion pour un essai.
Des acteurs privés se positionnent, à l’instar de la société Stane, qui a officiellement lancé cette année sa plateforme associée à un entrepôt de données, StaneResearch. Ce nouvel acteur se présente comme un intermédiaire entre les promoteurs d’études et un réseau de plus de 2 000 professionnels de santé de ville, afin d’aider à recruter les patients répondant aux critères d’inclusion.
Pour impliquer les médecins dans ces dispositifs, les sept groupements interrégionaux pour la recherche clinique et l'innovation (Girci), chargés par le ministère de la sélection des lauréats de l’AAP Respir, proposent une formation aux bonnes pratiques cliniques (BPC), passeport indispensable pour se lancer dans l’aventure.
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