La biopsie liquide est une révolution majeure en oncologie, au même titre que l’immunologie par exemple, a pronostiqué le Pr Jean-Charles Soria (Institut Gustave-Roussy) dans sa leçon inaugurale aux Rencontres de la cancérologie française 2016. Comment expliquer cet enthousiasme ? Actuellement, le diagnostic d’un cancer repose sur la biopsie d’une tumeur ou d’une métastase. Le fragment recueilli, outre l’analyse anatomopathologique, livre également des informations sur les mutations des gènes impliqués dans le cancer. Cette analyse est indispensable pour accéder à la prescription de thérapies ciblées. Pour autant, le recueil de tissus exige un geste invasif, et donc douloureux. Il ne peut être reproduit de manière trop fréquente. De plus, le fragment disponible est parfois trop petit pour faire l’objet de toutes les analyses moléculaires souhaitables. D’où l’intérêt des biopsies liquides qui écartent en pratique tous ces facteurs limitants. Grâce à de l’ADN circulant en provenance de la tumeur et retrouvé dans la circulation sanguine, il devient possible de détecter des cancers de petite taille ou de stade 1 grâce à la mise en évidence de mutations. Ce qui ouvre la voie à la prescription de thérapies ciblées.
ADN circulant : facteur de rechute
Dans une publication récente, la présence en post-opératoire d’ADN circulant est décrit comme un facteur pronostic majeur dans le cancer colorectal. L’ADN circulant est même un facteur plus sensible de rechute que la mesure de l’antigène carcino-embryonnaire par exemple ou la lecture de scanners. Ce marqueur pronostic est également retrouvé dans le cancer du sein.
Chez les patients traités par hormonothérapie, l’ADN circulant peut également annoncer l’émergence de métastases. Ce qui devrait permettre d’identifier les clones responsables de résistance. Et donc diminuer la durée de traitements inutiles. Mais on ne doit pas réduire les biopsies liquides à la seule information sur l’ADN circulant.
Un investissement américain de 500 millions de dollars
Des données disponibles concernent également l’ARN, les mutations mitochondriales ou les protéines. Conjuguées avec les techniques d’imagerie moderne, les biopsies liquides doivent participer à la mise en œuvre de nouveaux screenings de patients. L’ADN circulant est aussi un moyen de mesurer l’hétérogénéité clonale d’une tumeur. Cette nouvelle technique est désormais développée au niveau industriel. Elle a bénéficié aux Etats-Unis d’investissements de l’ordre de 500 millions de dollars réalisés dans plusieurs biotechs américaines. Cette nouvelle technologie attise les convoitises. Grâce au séquençage complet seront prédits dans le futur les antigènes contre lesquels une réponse immune serait obtenue chez un individu donné. Une nouvelle séquence s’opère avec dans l’ordre une biopsie, un génome complet, une prédiction suivis par la production d’un vaccin pour un prix loin d’être prohibitif. On annonce des montants de 30 000 à 40 000 dollars. Associés à des traitements d’immunothérapie, cela changerait la donne de la prise en charge. Est ainsi en vue la réconciliation de la médecine génomique et l’immunothérapie. Il appartient désormais aux décideurs publics de s’engager dans la révolution en cours. En cas de retard, les biotechs privées prendront une avance irrattrapable.
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