Alors que des négociations sont en cours entre la Cnam et la profession infirmière, Stéphanie Rist dévoile ses intentions pour accélérer sur le dossier spécifique des infirmières en pratique avancée (IPA), dont elle veut renforcer le rôle et les missions, notamment en facilitant leur déploiement en ville.
Dans un courrier adressé aux représentants des IPA, la ministre de la Santé affiche sa volonté de lever certains freins qui entravent l’exercice de cette profession, dont elle défend la montée en puissance depuis plusieurs années, notamment en ville.
De fait, ce n’est pas la première fois que Stéphanie Rist s’engage personnellement en faveur des IPA, qui effectuent deux ans d’études supplémentaires : en tant que parlementaire, elle a défendu – souvent contre l’avis des médecins – leur accès direct en ville ou la primo-prescription sur certains produits ou prestations soumis à ordonnance. Et la loi de juin 2025 a élargi les possibilités d’exercice des IPA aux services de PMI, à la santé scolaire ou à l’aide sociale à l’enfance.
Expérimentations de prise en charge directe en CPTS
La ministre veut désormais aller plus loin. D’abord avec la simplification des parcours patients. Selon le courrier consulté par Le Quotidien, les IPA seront habilitées à établir les certificats de santé nécessaires à la constitution des dossiers MDPH, que seuls les médecins peuvent aujourd’hui délivrer, ce qui complique parfois les démarches. « Un patient qu’on suit a besoin d’une allocation adulte handicapé mais comme nous ne pouvons pas délivrer de certificat, il faut trouver un médecin qui le fait. C’est long et compliqué, explique Jordan Jolys, vice-président de l’Unipa (union nationale des infirmiers en pratique avancée). Il y a une rupture dans le parcours du patient ». Cette mesure permettrait de fluidifier les démarches administratives et de désengorger les cabinets médicaux, plaide le ministère.
Par ailleurs, les IPA qui réalisent des tests rapides d'orientation diagnostique (TROD) se verront supprimer les obligations de formation redondantes avec leur cursus initial, annonce Stéphanie Rist.
La ministre entend aussi concrétiser l’accès direct aux IPA dans le cadre des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), mesure inaboutie. Cette prise en charge directe des patients par les IPA en CPTS sera expérimentée dans plusieurs départements pilotes (Mayotte, Martinique, Loiret, Hérault, Val-d’Oise et Yonne), à la faveur d’un décret.
En matière de champs d’intervention, la ministre de la Santé veut élargir la liste des pathologies chroniques stabilisées (PCS) dans lesquelles les IPA peuvent intervenir. Stéphanie Rist souhaite en particulier intégrer la sclérose en plaques puis, à plus long terme, modifier l’approche « par pathologie » au profit d’une logique de prise en charge populationnelle.
Aller plus loin sur la prescription aussi…
Mais c’est sur le terrain de la prescription que le climat pourrait se durcir à nouveau avec les médecins. Stéphanie Rist souhaite en effet « aller plus loin » en la matière, « notamment en facilitant le renouvellement des produits de santé », ce qui supposera une évolution du régime de responsabilité et des obligations des prescripteurs. Une volonté saluée par le vice-président de l’Unipa, qui regrette des restrictions compliquant l’exercice.
Exemple cité : la clozapine en psychiatrie, que les IPA ne peuvent plus prescrire faute d’être explicitement mentionnés parmi les prescripteurs autorisés. « Les textes sont trop bancals pour garantir la pérennité de ce qu’il était possible de faire jusqu’ici, regrette Jordan Jolys. Il ne s’agit pas forcément d’élargir mais de revoir les textes pour mettre en conformité le droit existant avec la pratique des IPA. »
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